Brochure éditée par le groupe E. Varlin
de la Fédération anarchiste
AVANT-PROPOS
Ce qui suit n'est pas un exposé détaillé des théories anarchistes; nous n'avons voulu faire qu'une rapide analyse la plus complète possible eu égard au petit format de cette brochure destinée à donner un aperçu général de ce que combattent et ce que propagent les anarchistes. On n'y trouvera donc guère que des affirmations, qu'une sorte de nomenclature.
Telle quelle, la présente brochure servira sans doute à dissiper bien des équivoques, et à confondre les gens bornés ou intéressés qui prétendent que l'anarchisme est la théorie du crime, que les anarchistes sont des malfaiteurs, qu'ils ne savent pas ce qu'ils veulent, etc.
Anarchie: Etymologiquement, ce terme a pour racine le mot grec arché, qui exprime l'idée de commandement; le privatif an (ou a) placé avant arché exprime l'idée de suppression, d'absence. An-arché en grec, an-archie (ou anarchie) en français, expriment donc bien l'idée d'absence de commandement, donc absence d'autorité. Les ignorants et les gens intéressés à créer des équivoques ont, abusivement, fait du mot anarchie un synonyme du mot désordre.
Or, qu'il y ait ordre ou désordre, il n'y a d'anarchie que s'il y a absence d'autorité. On peut définir l'anarchie comme «Théorie sociale considérant comme idéal l'union de l'ordre avec l'absence de tout gouvernement de l'homme sur l'homme.»
En effet, les anarchistes sont loin d'être des partisans du «désordre»; ils ne refusent pas de se conformer à la raison, à la vérité, aux conceptions anciennes ou nouvelles, pour autant que leur valeur soit démontrée; ce que les anarchistes combattent, c'est la discipline arbitraire, égoïste et autoritaire; ils n'admettent ni autorité de l'homme sur l'homme, ni exploitation de l'homme par l'homme.
C'est une tactique chez les dirigeants, de donner le nom de «partisans du désordre» à tous ceux qui refusent de se soumettre à leur arbitraire. En réalité, les anarchistes sont les véritables partisans d'une société ordonnée et harmonieuse, et c'est pour cela qu'ils combattent la société capitaliste où le désordre est à son comble.
Anarchistes: On peut considérer comme anarchiste tout individu qui combat l'autorité, pour autant que les mobiles auxquels obéit cet individu ne soient pas en contradiction avec le but à atteindre qui est la libération intégrale de l'humanité.
Anarchisme est le terme employé pour désigner l'ensemble
des théories anarchistes.
LES PRINCIPES
Les théories anarchistes peuvent être divisées en deux catégories: visant à la destruction et à la reconstruction. Considérant la défectuosité de l'état social actuel et combien sa perdurance est anormale, les anarchistes s'efforcent à le renverser en attaquant ses institutions moralement et matériellement; ce n'est qu'accidentellement, subsidiairement, qu'ils s'attaquent aux individus défendant ces institutions.
Nous commencerons par exposer les théories visant à la destruction de la forme sociétaire actuelle.
Afin d'être compris par tous, nous dirons que les anarchistes s'insurgent:
Contre la propriété: Individuelle ou collective, parce qu'elle est un obstacle à la satisfaction des besoins des individus, et parce qu'elle n'a aucun rôle positif, qu'elle n'est plus qu'un vol permanent, un acte de brigandage, ne se justifiant que par le droit du plus fort; parce que, en pratique, elle pousse et même contraint l'homme à exploiter ses semblables, à vivre à leurs dépens, à s'approprier à leur détriment plus que ses besoins ne l'exigent, privant ainsi les autres du nécessaire; parce que la propriété est la cause initiale de presque tous les crimes, qu'elle engendre la plupart de injustices, qu'elle a pour résultat un gaspillage effréné.
Contre l'autorité: quelle que soit la forme sous laquelle elle se manifeste, parce que, en pratique, elle se traduit tout simplement par la défense de la propriété individuelle ou collective avec laquelle, d'ailleurs, elle se confond souvent; qu'elle n'est que la force, mise presque toujours au service du petit nombre pour asservir la grande masse; qu'elle corrompt et démoralise ceux qui la détiennent et ceux qui la subissent; qu'elle pousse fatalement à l'arbitraire, à la violence; qu'elle est un danger permanent pour le développement normal de l'individu; qu'elle a toujours été un obstacle à l'entente entre les individus.
Contre la religion: de quelque manière qu'elle se présente,
parce qu'elle n'est qu'un reste d'ignorance; qu'elle oppose la foi, la
croyance au raisonnement; qu'elle fausse le sens de la vie; qu'elle est
constamment au service des puissants à titre de moyens de domination;
qu'elle place le dogme en travers de toute recherche positive.
LES CONSÉQUENCES
La propriété, l'autorité, la religion sont les trois bases fondamentales de la société bourgeoise, du système social que nous subissons; bien que ces institutions s'enchevêtrent la plupart du temps d'une manière inextricable, on peut dire qu'elles représentent les côtés matériels, intellectuels et moraux de la question sociale. Les principes facilitent, entretiennent et permettent l'existence d'institutions que les anarchistes combattent, notamment:
Le patronat, le salariat, parce qu'ils sont le prélèvement arbitraire d'un tantième sur la production d'autrui, et cela presque toujours indûment; qu'ils sont parfaitement inutiles, qu'ils abaissent forcément les détenteurs de capitaux et le salarié; parce qu'ils déterminent le complet asservissement de la presque totalité du genre humain, parce qu'ils donnent au patron le pouvoir de réduire le travailleur à la misère sous toutes ses formes, et le mettre à sa merci.
Le capital, parce qu'il représente le travail d'un grand nombre, accumulé dans les mains d'un seul ; que sa valeur est toute fictive; qu'il est un élément de désordre et de corruption, parce qu'il justifie la rente et le rentier, cet être «anormal» qui, par principe, consomme sans rien produire.
Les impôts, parce qu'ils pèsent uniquement sur les producteurs, qu'ils sont une nouvelle dîme prélevée sur les prolétaires; parce que sous prétexte d'utilité publique, ils ne servent qu'à maintenir l'état de chose existant, et, qu'au surplus, ils sont livrés au gaspillage.
Le patriotisme, le chauvinisme, parce qu'il entretient le préjugé des frontières; qu'il développe la haine de peuple à peuple, qu'il est une véritable religion que, pour maintenir leurs privilèges, les gouvernants cherchent à substituer aux religions qui s'écroulent.
Le militarisme, sous quelque forme qu'il se présente, parce qu'il n'a d'autre objectif que défendre la propriété et l'autorité et, pour ce, condamne à l'encasernement; parce qu'il est l'école du meurtre.
Toutes les guerres et les agissements néo-coloniaux, parce qu'ils n'ont d'autre but que d'enrichir les capitalistes et qu'ils sont des crimes collectifs, d'autant plus monstrueux qu'ils sont froidement prémédités.
Tous les gouvernements, de quelque étiquette qu'il se couvrent: empire, royauté, république, autocratie, démocratie, parce qu'ils n'ont d'autre résultat que d'opprimer des hommes, de permettre à une coterie, à un parti, à une classe, d'opprimer et d'exploiter les autres hommes.
Le parlementarisme, parce qu'il est pure hypocrisie, simplement un instrument de domination adéquat à la société capitaliste: théoriquement, le parlementarisme peut avoir un semblant de valeur, en pratique, il fausse la volonté publique, corrompt l'élu et dupe l'électeur, parce qu'en somme, il n'est qu'une des manifestations de l'autorité, d'autant plus dangereuse qu'elle est moins apparente pour les masses crédules.
«Tous les parlements modernes naissent au milieu de la fange des campagnes personnelles et des corruptions électorales: tous vivent dans une atmosphère avilissante à l'influence de laquelle il est malaisé d'échapper. Mensonges perpétuels, compétitions féroces, vénalités lamentables, intellectualités misérables, de temps en temps un scandale retentissant vient éclairer l'abîme et arracher leur prestige à nos souverains éphémères. On crie, on s'indigne, on accuse les individus sans s'apercevoir qu'ils ne sont que le produit fatal du milieu. On les remplace par d'autres... qui recommencent.»
La magistrature et le droit, le pouvoir de punir, parce que les anarchistes ne reconnaissent à aucun homme le droit de condamner, de punir, un autre homme parce que la «punition» est un produit des idées religieuses, dogmatiques.
L'Étatisme sous toutes ses formes, parce que sous prétexte de prévenir les abus, de protéger les personnes et les biens, de régulariser les relations sociales, il donne naissance l'État et ses Multiples rouages, crée les pouvoirs constitués, pousse à une intervention de plus en plus accentuée, entrave la vie publique et privée, restreint les libertés jusqu'à les abolir, anéantit les initiatives, fausse la conscience publique; qu'enfin l'État n'est qu'un instrument de domination mis à la disposition du parti ou de la classe qui parvient à s'en emparer.
Le mariage juridique est finalisé à la formation d'une famille qui est la reproduction de la société actuelle et dans lequel s'exprime le même rapport de force mais amplifié par le chantage «des sentiments». Avec le mariage l'État transmet d'une façon capillaire ses pouvoirs; pouvoir économique, parce que la famille favorise l'accession à la propriété et tend à la conservation du petit (ou grand) capital; parce que la famille moderne est l'institution sur laquelle se base la production et la consommation.
Le principe du mariage empêche l'épanouissement des êtres parce qu'il crée des rapports «privilégiés» qui sont fondés, non pas sur un libre choix, mais sur une distribution des rôles.
Le mariage, entre autre, légitime et finalise la sexualité en vue de la procréation; crée des règles et des limites qui aboutissent à la répression de la «pulsion» sexuelle et de l'expression sentimentale.
Tous les dogmes, à obligations et sanctions extérieures ou conventionnelles parce qu'ils forment un ensemble de commandements, et qu'ils annihilent l'individu, qu'ils servent à justifier les pires malhonnêtetés.
Le capitalisme privé et d'État, tout entier, parce qu'il est basé sur la force brutale qu'il crée et entretient la misère et l'ignorance, qu'il laisse mourir de faim dans le monde des milliers de gens à côté de magasins trop remplis, qu'il uniformise les cultures, et que son organisation est anormale et anachronique.
Les anarchistes combattent énergiquement les causes et les effets succinctement décrits plus hauts; les anarchistes sont donc anti-propriétaires, anti-autoritaires, anticléricaux, antimilitaristes, antiparlementaires.
L'exposé ci-dessus concerne essentiellement les théories
de renversement de l'organisation sociale actuelle. Nous allons maintenant
esquisser les théories de reconstruction sociale.
LA SOCIÉTÉ FUTURE
Les anarchistes veulent renverser la société actuelle, bourgeoise et capitaliste, privée ou d'État pour lui substituer une société sans classe ni État. Certes, en ce qui concerne l'organisation sociale qui se substituera à la société capitaliste actuelle, il convient d'être d'une prudence extrême, car il est bien évident que si l'on est en droit de faire certaines conjectures, nul ne peut prédire exactement comment fonctionnera la société de demain. Les anarchistes ne se contentent pas de vouloir supprimer la société actuelle et proposent un autre type de société, qui sera une organisation sociale telle qu'on ne pourra y retrouver les tares du vieux monde.
Évidemment, nous refusant à diriger les masses, se serait une contradiction de notre part que d'établir aujourd'hui un projet de société qu'il ne resterait plus qu'à appliquer. Néanmoins, nous pouvons dire comment l'on peut concevoir une société sans exploitation, sans classe. En effet, nous pensons comme Proudhon que «si au jour de la révolution il (le peuple) ne tient pas la solution prête; après un temps d'orgie démagogique, il retournera au gouvernement de l'homme par l'homme, à l'exploitation de l'homme par l'homme.»
Synthétiquement, il s'en suit que les anarchistes sont notamment
pour le communisme, pour l'autonomie individuelle, pour le fédéralisme.
LES ANARCHISTES VEULENT
Le communisme: pour l'appropriation communiste du sol, du sous-sol, des instruments de production et des objets de consommation, et cela en vue d'assurer le développement matériel de tous et de chacun.
«Le communisme aujourd'hui, avant la révolution, est une attaque à la propriété; demain, pendant la révolution, il sera la prise de possession par le peuple; après-demain, une fois le mouvement accompli, le communisme sera la puissance commune de toute la richesse existante de la part de tous, selon le principe: De chacun selon ses capacités et chacun selon ses besoins.»
L'autonomie individuelle: C'est-à-dire pour la liberté la plus complète possible, parce que la liberté est un droit imprescriptible; parce que l'usage de la liberté est le meilleur moyen de faire exister l'harmonie entre les hommes; parce que la liberté assurera le développement intellectuel de tous et de chacun.
La libre sexualité: L'amour sexuel est un rapport naturel, et c'est la libre expression de la sexualité qui facilite l'épanouissement individuel des êtres qui favorise l'apprentissage affectif de l'enfant, et qui aide la maturation de l'individu en le libérant de son isolement. La libre expression de la sexualité, non forcement gérée par la mariage, tend non pas à la création des rapports privilégiés dans lesquels l'homme peut développer son pouvoir personnel, mais à la formation d'un réseau de relations affectives interpersonnelles qui font évoluer la société vers une libre expression du sentiment et redonne à l'être humain la perception de son corps comme un des moyens le plus simple et le plus important de communication.
La fraternité humaine, et la solidarité fraternelle
sont destinées à remplacer l'odieuse et avilissante charité;
parce que l'appui mutuel est une nécessité et une loi naturelle.
GÉNÉRALITÉS
La morale anarchiste ne procède d'aucune législation, d'aucun dogme. Elle reconnaît franchement que toute action a pour moteur le besoin, ce qui lui donne comme base l'autonomie individuelle. Elle est absolument personnelle et n'a d'autre règle que l'ensemble des convictions propres à chaque être humain et qui découlent normalement des nécessités sociales.
Sa base est donc le développement de la volonté humaine. Individualisme: la valeur d'une société dépendant de la valeur personnelle des individus qui la composent, les anarchistes estiment que dans l'intérêt de tous comme dans celui de chacun, tout individu, doit chercher à se développer intégralement: physiquement, intellectuellement et moralement.
Les anarchistes sont donc individualistes et communistes à la
fois mais leur individualisme ne se rapproche pas plus de l'individualisme
bourgeois, manchestérien que leur communisme ne se rapproche du
communisme des couvents ou de celui des marxistes. Ce qu'ils veulent, c'est
identifier l'intérêt de chacun à celui de tous.
L'ACTION ANARCHISTE
Parti politique: Les anarchistes ne constituent pas un parti politique, en ce sens qu'ils ne participent pas aux élections, à l'exercice ou à la défense des pouvoirs constitués: ils les combattent tous.
Les anarchistes ne forment donc pas un «parti» dans le sens qu'ils ne luttent pas pour conquérir le pouvoir mais pour le détruire. Cela dit, ils ne constituent pas moins une force politique qui s'organise selon les lieux et les circonstances en vue de développer une action collective, concertée et durable. Les modalités et les formes que l'organisation des forces anarchistes peut assumer sont variables; la nécessité du fait organisationnel sur des bases contractuelles fédératives et égalitaires n'est pas moins considérée comme une nécessité imprescriptible pour les anarchistes.
La propagande ou l'action des anarchistes s'effectue de différentes façons. Ils estiment pouvoir employer tous les moyens qui ne sont pas en contradiction avec leurs théories, notamment:
l'éducation intégrale (cercles d'études, écoles, conférences, journaux, brochures, livres, etc.)
Le développement de la dignité personnelle, de l'esprit d'indépendance et des sentiments de solidarité.
L'action directe, c'est-à-dire la prise en mains de leurs affaires
par les travailleurs eux-mêmes en vue d'exercer une pression sur
la classe dominante et la préparation des esprits à la grève
générale révolutionnaire expropriatrice et à
la nécessité d'un mouvement insurrectionnel. Les actes de
révolte, individuels ou collectifs, sans être à proprement
parler suscités par les théories anarchistes peuvent en être
une conséquence, indirectement. Ils se produisent généralement
lorsque des individus imbus des idées anarchistes cette condition
n'est cependant pas indispensable sont violemment heurtés par
une organisation capitaliste et autoritaire.
ANARCHISME ET RÉFORMISME
Bien que n'étant pas adversaires de ce que l'on appelle des réformes, les anarchistes ne cessent de faire remarquer aux travailleurs qu'elles sont incapables d'améliorer sensiblement leur situation, puisqu'on ne supprimera les effets qu'en supprimant les causes.
Les réformes sont des concessions plus apparentes que réelles, que la classe capitaliste fait aux travailleurs afin de se maintenir au pouvoir en annihilant l'esprit de révolte qui anime ceux-ci. C'est dans cette action émolliente du réformisme que se trouve le grave danger que dénoncent les anarchistes inlassablement, en lui opposant la nécessité de l'expropriation totale de la bourgeoisie.
Ces réserves faites, les anarchistes constatent que l'apparition
des réformes se poursuit fatalement dans le cours régulier
de l'évolution, du progrès; tant dans le domaine social que
dans le domaine industriel. Le prolétariat peut naturellement en
retirer quelques avantages; mais ces avantages sont proportionnés
à l'énergie révolutionnaire que la classe ouvrière
aura déployée pour les obtenir. En définitive, bien
plus que les réformes elles-mêmes, l'action éducative
de la lutte menée pour les obtenir est utile à la cause prolétarienne.
SYNDICALISME
Quant à la question syndicale, elle reste encore controversée dans certains milieux anarchistes. Bien que la grande majorité des ouvriers anarchistes soient syndiqués, ils combattent néanmoins certaines méthodes autoritaires et inopérantes employées par des syndicats.
Pour les anarchistes, le syndicat doit être un organisme de classe se plaçant sur un terrain nettement révolutionnaire par l'application constante da méthodes d'action directe. Fédérés, mais décentralisés, la plus large autonomie laissée aux syndicats, ces organismes doivent trouver dans l'union un appui, et non une entrave à leur activité, comme c'est trop souvent le cas dans les organisations fortement centralisées.
Réduire au minimum (si ce n'est supprimer complètement)
le fonctionnarisme syndical; compter moins sur les fortes encaisses que
sur la conscience et l'énergie des membres, telle est la conception
syndicale admise par la plupart des anarchistes.
COMMENTAIRES
Les anarchistes combattent la société bourgeoise parce qu'il est démontré que dans celle-ci la souffrance est universelle, de haut en bas, dans toutes les classes. Il y a souffrance morale chez les riches, aussi bien qu'il y a souffrance physique chez les pauvres. Il est démontré que l'organisation sociale actuelle est pour ainsi dire, la seule cause de cette douleur. C'est en vain qu'on essaye d'en rendre la nature responsable. On leurre la foule avec des promesses et les politiciens se prêtent à la duper, mais cette duperie n'aura qu'un temps. Fatalement chaque jour nous rapproche un peu plus de l'époque de liberté pour l'avènement de laquelle combattent les anarchistes, en préparant les esprits de révolte parce qu'ils savent comme disait Élisée Reclus, que jamais aucun progrès, soit total, soit partiel, ne s'est accompli sans révolution «violente» ; on peut le regretter, on ne peut le nier: l'histoire, même contemporaine en témoigne. On peut en effet considérer que tout changement est violence.
Dès maintenant, les anarchistes préparent les opprimés
à cette éventualité. Au jour de sa réalisation,
ils seront partout ils seront peut être la masse, alors pour
que cette révolution soit enfin féconde, réellement
sociale, s'effectuant dans le sens de l'expropriation capitaliste et de
la suppression des institutions bourgeoises. Une fois établies les
bases d'une société libertaire on peut concevoir que, mue
par une même volonté d'égalité, des entités
économiques (commune,, région) adoptent dans leurs rapports
des modes de gestion particuliers. Cela est tout à fait possible
dans la mesure où le fédéralisme permet ce pluralisme.
Nous pensons qu'il n'y a pas là d'inconvénient mais plutôt
une pluralité d'expériences qui non seulement sont légitimes
mais constructives.
CONCLUSION
Les anarchistes ne sont pas autre chose qu'un certain nombre d'individus de tempéraments divers, qui professent des opinions socialistes-libertaires identiques dans leurs grandes lignes. Sans demander d'autre satisfaction, d'autre récompense, que celle de l'uvre accomplie, que d'activer leur propre émancipation, ils cherchent à renverser la société bourgeoise et capitaliste, inhumaine pour la remplacer par une société de paix et d'harmonie.
Considérant que si certaines des institutions actuelles ont pu avoir leur raison d'être, elles sont néanmoins devenues anachroniques, anormales et dangereuses pour l'espèce: considérant que les individus ne sont pas faits pour la société mais qu'au contraire la société est créée par les individus pour augmenter leur somme de bonheur et qu'au surplus les sociétés se transforment perpétuellement, les anarchistes concluent à la transformation de la société actuelle. Par conséquent, l'anarchisme n'est pas une conception utopique.
L'anarchisme est une conception essentiellement volontariste de l'histoire. La société actuelle ne s'écroulera pas d'elle-même à cause de ses prétendues contradictions internes. Il n'y aura pas de société libertaire sans la efforts conscients que nous mènerons pour la rendre possible, bref sans une révolution.
29/08/06