Le Forum Social Européen de Florence a été un préambule
de ce que l'on va vivre lors des prochaines mobilisations contre le sommet
du G8 d'Evian ou lors du Forum Social Européen de St Denis (Automne
2003). Effectivement on s'est bousculé pour s'y montrer jusqu'à
des membres «imminents» du Parti Socialiste comme Hollande,
Emmanuelli, Dray...
La gauche tente de se refaire une légitimité
Le 20 Novembre Bernard Cassen (toujours à ce jour président d'Attac) rencontrait Hollande au siège du PS. Le 26 Novembre, Harlem Désir (ex militant de la dite société civile) député PS au parlement européen le 26 Novembre dernier rencontrait Suzan George, vice-présidente d'Attac, pour discuter de la taxe Tobin. Le 28 Novembre, il rencontrait Christophe Aguiton (membre d'AC, du DAL, d'Attac, et aussi de la 4eme Internationale trotskiste). Artisan du courant «Le Nouveau Monde», gauche du PS (tout un programme!) Emmanuelli le 2 Décembre rencontrait officiellement un groupe d'Attac des Landes, le 12 Décembre Dray et Montebourg rencontre Bruno Rebelle, directeur de Greenpeace !
C'est une opération de charme tout azimut, de réunions post-électorales, à des rencontres informelles sur l'annulation de la dette.
A Florence, Hollande serrait la main de Bernard Cassen et José Bové. Un José Bové défendu unanimement (avec une demande de recours en grâce) par le PS quelques jours après alors que ce dernier était poursuivi en justice sous la législature du PS. On radicalise les discours. «La mondialisation est aujourd'hui présentée comme un fait. Certes, elle est aujourd'hui un fait. Mais elle est surtout le résultat d'une succession de choix politiques qui n'ont pas été délibérés en connaissance de cause ou qui l'ont été dans le dos des citoyens ! Et nous voici pris en otages dans le chantage du capitalisme des actionnaires les plus voraces disposant de la liberté de placer leur capital dans le lieu de la rémunération du travail le plus favorable à la satisfaction des actionnaires...» (Projet Nouveau Parti Socialiste,26/10/02)
On croit rêver ! S'il y a unanimité au PS, c'est bien l'enjeu de récupération, de captation de la mouvance anti-mondialisation. «Il faut créer une coalition arc-en-ciel, un lieu institutionnel de rencontres entre nous, syndicats et associations, comme en Italie et en Espagne, pour mener des campagnes communes». Au forum de Florence on dénonce l'idéologie néo-libérale, concept creux car il n'existe pas d'idéologie néo-libérale ! L'idéologie est celle du capitalisme que l'on dénonce depuis tant de décennies et ce que l'on peut appeler de «néo-libéralisme» tout comme la mondialisation n'est qu'un processus historique donné. Fort heureusement la sauce aura du mal à prendre, pour preuve l'éjection des trois anciens ministres PS (Vaillant, Guigou, Royal) qui ont tenté de rejoindre le cortège syndical pour la défense du service public le 26 novembre dernier.
Le Parti Communiste Français n'est pas non plus en reste. Patrick
Braouezec, député maire de St Denis, explique dans L'humanité
très
clairement cette politique de rapprochement qui ne fait que cacher implicitement
une volonté de récupération et d'instrumentalisation.
Suite au forum de Florence, il déclare «Des débats
entre les mouvements sociaux et les forces politiques ont été
inscrits au programme ! Rien de durable ni de solide ne pourra se faire
sans cette relation constante entre les partis de gauche engagés
dans une volonté de changements radicaux et cette forme de démocratie
participative que sont les forums sociaux. Chacune des parties prenantes
doit le faire en toute autonomie, dans un respect mutuel, mais avec ce
même objectif partagé d'arriver à formuler et à
appliquer des alternatives au libéralisme économique et aux
tournures belliqueuses qu'il prend quand il entre en crise.» Déclaration
à prendre au sérieux quand on sait que le prochain forum
social européen se tiendra à l'automne 2003 dans la ville
qu'il dirige ! Quant aux Verts, après 5 années de gouvernement,
ils/elles vont dans le même sens. Sans rupture profonde avec le PS
et son modèle social-démocrate, la motion majoritaire affirme
que «c'est dans les luttes de terrain qu'est née l'écologie
politique, qu'elle approfondit ses exigences, peaufine ses solutions...
Il faut pour cela multiplier nos rapports avec les forces politiques, partis,
associations et mouvements qui, à un titre ou un autre, cherchent
une alternative au productivisme, au libéralisme, à l'autoritarisme,
au racisme, au machisme et à l'homophobie...»
La construction d'un pôle radical à gauche ?
Emmanuelli le 21/11/02 avait, il est vrai, une analyse correcte sur
la situation de la gauche et ses rapports de forces internes. «Nous
sommes convaincus que la gauche doit d'abord recréer les conditions
de son propre rassemblement hors de la ligne social-libérale. Ni
les communistes, ni les Verts, ni la gauche mouvementiste pas plus qu'une
large fraction de l'électorat socialiste ne n'accepterait. C'est
la raison pour laquelle nous souhaitons une clarification de cette ligne,
préalable à toute tentative de rassemblement de la gauche,
parce que notre parti, avec ses qualités et défauts, reste
le pivot indispensable de ce futur rassemblement... Si par malheur nous
n'y parvenions pas, le risque est grand de voir se constituer sur la gauche
de notre parti un pole de radicalité, vieux rêves des gauchistes,
qui couperait la gauche en deux... » Et il est évident que
cette analyse est portée collectivement par la Ligue Communiste
Révolutionnaire qui du haut de ses 4.32% au présidentielle
tente de se placer au centre de cette nouvelle alternative. Lors du meeting
contre la guerre en Irak à Paris le 19 Novembre, Christian Picquet
affirme que «le processus de reconstruction d'une nouvelle force
de gauche est urgent». La LCR joue à plusieurs niveaux : dans
un premier temps au niveau des partis institutionnels en écrivant
à l'ensemble des partis de gauche dont les Verts, le PCF et le PS
espérant ainsi récupérer les franges les plus radicales.
Dans un deuxième temps la LCR tente de se placer au centre du mouvement
social,
d'en être l'expression politique. Car derrière les déclarations
de principes d'indépendance des mouvements sociaux, ils sont de
faits des enjeux politiques dans la recomposition de la gauche. «C'est
là que nous ferons bouger le rapport de force entre la gauche et
nous» analyse Olivier Besancenot. Et effectivement la LCR s'y attache
avec une politique d'entrisme de contrôle de plusieurs organisations
(conseil d'administration d'Attac, AC, les Suds...), par une présence
de plus en plus remarquée lors des différents sommets et
rencontres internationales (lors du dernier sommet de Florence, près
de 15000 numéros de Rougeen trois langues ont été
distribué ).
Un affrontement dont nous n'avons rien à gagner
La LCR porte en son sein les contradictions du trotskisme. Une tendance réformiste qui s'était fortement exprimée lors de son dernier congrès autour du changement de nom. Les noms souhaités, espérés étant «Mouvement des radicaux de gauche», «gauche démocratique et révolutionnaire»... Cette tendance s'exprime aussi dans les organisations de l'ex gauche plurielle avec les refondateurs du PCF ou le courant de la gauche socialiste du PS, dont nombre de cadres sont issus de la LCR. Un des derniers transfuge est celui de Gérad Filoche qui après avoir été 30 ans à la LCR a rejoint ce courant et a pris des galons très rapidement en étant le porte-parole de ce courant dans le débat sur les 35 heures. Un autre courant fait son pari sur la «société civile» et sur les mouvements sociaux. L'outil classique est celui de l'entrisme dans un objectif de «radicaliser les minorités combatives» ou d'adopter la tactique du «front unique» visant à mettre les réformistes au pied du mur, face à ces contradictions.
Mais dans tous les cas, quelle que soit la phraséologie adoptée, dans les différentes stratégies de la LCR ou de la gauche plurielle le point commun est le changement de champ : du champ social et de l'affrontement social à la scène politique et de la conquête du pouvoir politique. Hollande en s'adressant à la presse s'exprimait très bien sur ce sujet à Florence «Le rôle des mouvements sociaux, des syndicats et des formations politiques est de porter un certain nombre de revendications qui naissent ici et de leur donner une traduction concrète au niveau gouvernemental.»
Notre stratégie doit être claire et différente.
Conscient-es et favorables à l'émergence d'un mouvement social,
notre volonté est certes de vouloir politiser, globaliser et fédérer
les luttes. Mais ce qui nous distingue de l'ensemble de la gauche, c'est
notre position au sein de ce mouvement. Minorité agissante, nous
débattons, proposons, confrontons nos analyse afin de favoriser
une vision globale anticapitaliste, afin de favoriser l'auto-organisation,
afin que se produise des ruptures. Mais nous restons une minorité
agissante avec, sans perspective d'instrumentalisation, de manuvres. Nul
doute qu'un des enjeux pour nous, lors des mobilisations autour du sommet
du G8 ou du prochain forum social européen, est bien de mettre en
évidence l'impasse stratégique des différentes gauches
et d'affirmer la nécessité d'indépendance du mouvement
social.
Théo Simon (Gp FA Nantes)
Pièce au dossier :
Voici un tract que nous avons sorti en 200 ex A5 (c'est pas notre priorité), suite à une altercation qui nous a opposé à la LCR-JCR 35. Ces derniers on fait barrage pour protéger le PS qu'on voulaient (avec la FA et d'autres) sortir de la tête de manif.
C'est pas la première fois que ça arrive, et donc notre syndicat a décidé de sortir un tract pour réexpliquer les vrais responsabilité du PS, et pour éviter que les têtes des militants et sympathisants LCR-JCR soient pollué de l'argumentation politicienne des pontes de la ligue.
Le collectif antiguerre auxquels ils participent avec le PS, nous a
envoyé un courrier semi anonyme où ils dénoncent notre
attitude irrespectueuse des personnes et des biens publics que l'on dégrade
avec des bombages! Oh lala!
Lettre ouverte à la LCR/JCR
et à celles et ceux qui pensent encore que
l'habit fait le moine
Le Samedi 22 Mars 2003, l'UL CNT et la FA voyant les politiciens du PARTI SOCIALISTE s'installer en tête de la manifestation contre la guerre en IRAK, avaient pris l'option (par souci de salubrité publique) de les reléguer en fin de cortége.
En effet, comment laisser une place parmi nous à ce soit disant parti social ? (rafraichissons nous la mémoire !):
qui en 1991 avec le gouvernement JOSPIN, s'était aligné
sur les positions des ÉtatS UNIS pour aller défendre les
réserves pétroliéres des EMIRATS ARABE UNIS.- qui
a soutenu l'embargo contre le peuple IRAKIEN et à contribuer à
la mort de dizaine de milliers d'enfants.- qui a maintenu et entretenu
la soumission à la france de certains dictateurs africains, qui
a perpétué avec les réseaux PAPAMADI (cf le fils MITTERAND)
le système françafrique, pillant via les entreprises françaises
type TOTALFINA ELF les richesses naturelles, contribuant ainsi à
maintenir dans la misère des millions d'africains.
qui a favorisé (avec MITTERAND pére) l'ascension de
LE PEN et des facistes du FRONT NATIONAL à des fins électoralistes.
qui, impuissant face au chômage, a développé
la paranoïa sécuritaire (cf la LSQ -lois sur la sécurité
quotidienne et la prolifération de la vidéo surveillance)
en criminalisant la partie la plus pauvre de la population .- qui dans
la lignée PASQUA a organisé avec le zombie CHEVENEMENT l'expulsion
des sans papiers par charter ?
qui a refusé le droit de vote aux immigrés ?
qui s'est lamentablement écrasé e face aux licenciements
massifs (cf. RENAULT VILVORDE, DANONE ou MICHELIN),et qui a accordé
des exonérations fiscales au patronat ?
qui (autant que la droite) a poursuivi la casse et la privatisation
du service public ?
qui a commencé la liquidation du système de retraite
par répartition avec les lois FABIUS qui favorisent le développement
des retraites par capitalisation? etc.etc.etc...
Comment laisser sa place à ce parti politique qui a profité de la confiance de ses électeurs (souvenez vous de 1981) pour les poignarder dans le dos en s'inclinant face aux lois de l'économie capitaliste et créer ainsi une dépolitisation généralisée ?
Comment accepter que défile en tête le PARTI SOCIALISTE, anciens gouvernants qui hier encore, envoyaient les CRS calmer les victimes de leur politique de soumission au patronat?
Comment accepter cela, sans être soit même un vulgaire politicien carriériste se réclamant de gauche ou d'extrème gauche pour faire sociale ?
La LCR et les JCR en tout cas ne semblent pas s'embarrasser de ces questions et marchent main dans la main avec le PS dans le collectif rennais antiguerre. Mieux même, ils protégent le PS (commme CHEVENEMENT à PARIS) quand certains veulent les empécher de recupérer la manifestation.
Dés lors, comment croire encore au discours "autogestionnaire" et à la dénomination "révolutionnaire" quand on dévellope une stratégie électoraliste ayant pour ambition inavouée de remplacer le feu PC au sein de la future gauche plurielle?
CNT etpreci35
Guillaume - groupe Durruti (Lyon)
La démocratie participative
ou l'art d'absorber la contestation sociale
" Bougez-vous, commencez à changer l'environnement, ne restez
pas les bras ballants au bas des immeubles, prenez-vous en charge, ayez
des projets, (?), devenez acteurs, devenez citoyens, et on vous aidera.
"
Martine Aubry, 21 novembre 1995
Les anarchistes ne peuvent qu'être préoccupés par les enjeux qui émergent autour des élections locales et qui se dérouleront prochainement en France et en Belgique. Et ce d'autant que depuis une dizaine d'années, se développe, un peu partout dans le monde, des pratiques quasi autogestionnaires dans la conduite des affaires de la cité. Aussi, il paraît tentant d'apporter une contribution concrète au développement de telles pratiques. Ainsi, Le Monde diplomatique (voir en particulier le supplément du mois de mai 2000) ou des personnes se réclamant notamment des théories de Murray Bookchin, proposent d'oeuvrer à l'auto-organisation des habitants. Le municipalisme libertaire que ces derniers prônent, vise à favoriser l'émergence de soi-disant contre-pouvoirs locaux afin de renverser par le bas les structures hiérarchiques et pyramidales. Dans cette perspective, les anarchistes se devraient de participer aux élections locales pour contribuer à développer une démocratie participative, proche de la démocratie directe qu'ils désirent.
Pourtant, adopter une telle analyse, c'est faire preuve d'aveuglement
ou de naïveté. Cela revient à sous estimer gravement
la capacité de la social-démocratie à intégrer
les critiques que lui a assenées le mouvement social et qu'elle
a parfaitement repris à son compte pour la pérennisation
de l'ordre social existant. Il devient alors nécessaire de
mettre à nu le subterfuge idéologique de la démocratie
participative si l'on veut éviter de se fourvoyer dans une impasse.
Neutraliser la lutte de classe en l'urbanisant
Les luttes se déplaceraient donc de l'entreprise à la ville. La succession des plans de relance de la politique de la ville n'ont pour fonction que de nous faire croire qu'une grande partie des problèmes relèveraient de l'urbain. Dans cette perspective, nos aspirations doivent être investies dans la transformation du cadre de vie pour en faire un espace de convivialité et de qualité. L'accent est alors mis sur la notion de lien social qu'il s'agit de restaurer. La représentation du monde en terme de lutte de classe est ainsi évacuée : belle affaire pour le patronat. On comprend mieux pourquoi la ville n'en finit pas d'être couverte de vertus par les adeptes de la démocratie participative : elle serait porteuse des espérances de citoyenneté tout en sachant redonner ses lettres de noblesse à l'action politique.
Circonscrire la crise sociale à l'échelon local
La préoccupation grandissante du local dans les discours de la
droite comme de la gauche n'est pas anodine non plus. Les critiques
portées contre l'État centralisateur, les grands appareils
bureaucratiques, qu'ils soient publics ou privés, jugés à
juste titre d'ailleurs, inhumains et impersonnels ne sont pas tombées
dans l'oreille d'un sourd. L'heure est à la revalorisation
du local : small is beautiful. Et ce serait se leurrer que de voir
dans cette valorisation du local un progrès ou une avancée
augurant une réelle démocratisation de la vie politique et
une authentique décentralisation. Le traitement des conséquences
sociales du capitalisme s'effectue maintenant à la base :
l'État s'en remet de plus en plus aux collectivités locales
qui à leur tour, font appel aux militants associatifs. L'autogestion
de la misère permet à l'État d'être gagnant
sur tous les plans : si échec il y a, ce sont les associations qui
l'endossent et idéologiquement, le transfert de certaines compétences
vers le bas prend une allure de démocratie directe, là où
nous voyons en fait que renforcement du contrôle social par la population
elle-même. Compléter le mouvement d'en haut par le mouvement
d'en bas, tel semble être aussi effectivement le sens des contrats
locaux de sécurité mis sur pied par Chevènement.
C'est peu dire si le développement de pouvoirs locaux ne déstabilise
pas l'État. Celui-ci ayant fixé les cadres de référence
et d'actions dans lesquels les individus pouvaient prendre part aux affaires
de la cité, il reste maintenant à convaincre l'ensemble de
la population d'y participer. Il en va de la légitimité des
élus et de la classe dominante en général.
Associer le citoyen aux décisions pour mieux
étouffer la révolte
Pour associer la population à la gestion des affaires de la cité, la social-démocratie témoigne d'une créativité sans commune mesure. Innovations et expérimentations se succèdent au pas de course. Ainsi à Saint-Denis, les décideurs communaux, ayant compris qu'il ne peut y avoir d'actions publiques efficaces sans mobilisation des citoyens, mettent en place des démarches participatives de quartier, des commissions extramunicipales, des comités consultatifs. Il est vrai qu'avec 30 % de sa population vivant dans la précarité et un doublement en six ans des aides sociales légales, ça risque de péter à tout moment dans cette commune populaire. La municipalité pense à associer le citoyen le plus en amont possible aux mécanismes décisionnels. La démocratie participative suppose d'impliquer les habitants dans l'élaboration de l'ordre du jour des réunions (il en est question aujourd'hui à Saint-Denis) et, si cela ne suffit pas, la possibilité pour les associations de quartiers d'accéder à une contre-expertise autonome, est envisagée. Pour maintenir la cohésion sociale mise à mal par la précarité et le chômage, chefs de projets, agents de développement, chargés de missions, médiateurs d'horizontalité, militants de terrain, «citoyens responsables du bien commun» et autres entremetteurs s'activent ainsi sur le terrain pour sommer la population de participer à la démocratie. Telle est aussi la démarche du groupe de rap IAM à Marseille ou de Zebda à Toulouse, qui cherchent à convaincre les jeunes des cités de s'inscrire sur les listes électorales. Bel exemple de citoyenneté active que les élus aimeraient voir plus souvent.
Les chantres de la démocratie participative ont en effet bien
conscience que la dépolitisation de la vie publique ne sera enrayée
que si les processus d'actions collectives s'accompagnent de processus
délibératifs et de gestion des controverses : il faut
aller au-delà des simples enregistrements de la plainte de l'usager
d'un service ou des opérations de type «Bonjour voisin»
qui se déroule aussi à Saint-Denis. D'où l'engouement
actuel pour la question du conflit. Le conflit est en effet perçu
comme quelque chose d'innovateur car il fait bouger les choses nous disent
par exemple les sociologues du changement social. La fréquence
des «situations de crise» (doux euphémisme) place les
élus locaux dans l'urgente obligation de mobiliser tous les acteurs
concernés. Cette pression stimule, selon eux, les capacités
d'innovations sociales des collectivités locales car elle permet
par exemple l'élaboration de «contre-projets constructifs»
à défaut bien entendu de proposer un autre projet global
de société.
L'État : c'est toi !
On l'aura compris, la démocratie participative nous intime de
prendre nos affaires en main c'est-à-dire en fin de compte celles
de l'État. Au nom du pragmatisme et du travail de terrain, dans
la cité de demain, il nous faudrait abandonner toute idée
de transformation radicale de la société pour s'engager dans
un projet (développer un réseau de vidéosurveillance
en est un). D'où un changement également dans les valeurs
qui fondent les valeurs de la réussite sociale. Celle-ci met en
avant aujourd'hui la capacité d'engager les autres. Ces remarquables
qualités ne conféreraient plus un statut de chef mais permettraient
de devenir un intégrateur, un facilateur, un donneur de souffle,
un fédérateur d'énergie, et autre impulseur de vie,
de sens et d'autonomie. Dans le cas d'une agglomération, ce rôle
peut être dévolu au maire qui s'attachera à impliquer
dans la gestion de la ville tous les acteurs
sociaux, du simple habitant à la multinationale. Importée
du monde anglo-saxon, cette vision managériale de la société,
appelée gouvernance, serait pour ses partisans un vivier plus concret
pour la démocratie alors qu'elle n'est que la figure de l'État-monde
qui trouve dans l'action collective locale de nouvelles voies pour diffuser
et imposer le capitalisme mondial. Et ce n'est pas par hasard que
la gouvernance urbaine se met d'abord en place là ou il y a risque
d'explosion sociale comme dans les ports britanniques ou les villes brésiliennes.
Pas d'autogestion sans égalité économique et sociale !
Par conséquent, nous ne saurons ainsi nous satisfaire du désir
des classes dirigeantes de nous octroyer un nouveau mode de fonctionnement
de la société se basant soi-disant sur l'autogestion, l'autonomie
et la responsabilité individuelle pour continuer dans le même
temps à semer la misère à tout vent. La participation
de tous les habitants aux décisions de la vie communale, lorsqu'elle
est pilotée par l'État, n'est qu'une instrumentalisation
visant à pérenniser l'ordre établi. À force
de vouloir agir, ici et maintenant, on finit par prendre le moyen pour
une fin. Pour nous, les revendications immédiates doivent
viser les points sensibles du système capitaliste. Nous exigeons,
pour tous, la gratuité des transports et de l'ensemble des services
communaux, la réquisition de tous les logements ou bureaux vides,
la suppression de tous les dispositifs sécuritaires, et l'augmentation
des salaires des agents communaux ainsi que la transformations des emplois
précaires en emplois stables. Nous ne perdons pas de vue que
l'autogestion se doit d'être couplée à l'égalité
économique et sociale. Dans cette perspective, nous pouvons
aussi agir dans des comités de quartier (à nous de voir selon
la situation locale, le moment et les forces en présence) pour y
faire passer nos idées et radicaliser les contestations. Cela
ne nous empêche pas d'y dénoncer les dérives (institutionnalisation,
nouvel espace de relais de la politique du maire, émergence et notabilisation
de leaders, tournant sécuritaire et autres dévoiements) qui
s'y produisent fréquemment afin de ne pas cautionner n'importe quoi.
Guillaume. - groupe Durruti (Lyon)
La démocratie participative
à Porto Alegre
Mythes et réalités
[Extrait de Débattre, revue de réflexion d'Alternative
Libertaire France. http://www.alternativelibertaire.org]
Introduction de la rédaction de "Débattre"
Depuis quelques années, il est de bon ton, dans la gauche de la gauche européenne, de célébrer les vertus de la démocratie participative pratiquée par la municipalité de Porto Alegre dirigée par le Parti des travailleurs (PT, principal parti de la gauche institutionnelle brésilienne).
C'est sans doute la première fois sinon une des premières fois qu'une revue publie le point de vue critique de militant(e)s révolutionnaires brésilien(ne)s sur cette expérience.
En effet nos camarades de la Federação anarquista gaucha
expliquent
en quoi la démocratie participative se distingue de la démocratie
directe, comment elle contribue à une intégration au capitalisme
et de quelle façon les gouvernants du PT s'emploient à instrumentaliser
les mouvements sociaux, voire à les combattre quand ils entrent
en conflit avec la municipalité.
La démocratie participative à Porto Alegre : Mythes et réalités
Ces derniers mois ont été le théâtre d'un processus électoral qui a pris fin, cette fois pour élire les maires et les conseillers municipaux1 . Une intense campagne de propagande menée par le gouvernement fédéral, Rede Globo2 et les partis institutionnels de droite et de gauche, a exalté en permanence l'importance du vote, de la démocratie, de la participation citoyenne. Des intérêts apparemment si distincts convergeant autour d'un consensus : l'importance du processus électoral.
Une fois de plus, nous les anarchistes, nous votons nul. "Vous êtes contre la démocratie ?" "Vous préférez vous abstenir politiquement ?" "Vous êtes contre le vote ?" "Pourquoi ne votez-vous pas pour le moins mauvais ?" "N'est-il pas mieux de voter à gauche plutôt que laisser la droite gagner ?" Ces questions et d'autres surgissent face à notre position. Nous cherchons à les clarifier.
Que se passe-t-il après l'élection ? Ces gouvernants sont
selon la démocratie représentative investis pour prendre
des décisions. Le peuple cherche dans le
vote un espoir de changement, de meilleures conditions de vie. De plus
ce gouvernement ne prend pas les décisions seul, ni même son
parti, ni même l'ensemble des partis qui l'appuie.
Le pouvoir ne se réduit pas non plus aux trois pouvoirs (Ndt : présidentiel, législatif et judiciaire).
Nous vivons sous un système capitaliste, divisé en classes sociales, de riches et de pauvres, d'opprimés et d'oppresseurs.
Dans cette société existent également des pouvoirs économiques, militaires et idéologiques, soumis au pouvoir de l'impérialisme des pays développés, plus spécialement les États-Unis, et ceux-ci se maintiennent indépendamment des changements de gouvernements, puis adaptent les structures de base avec le maintien du système capitaliste, garantissent la permanence de la domination. Quand un peuple élit un gouvernement, ce cadre est altéré à la marge. Parce qu'aucun gouvernant ne veut changer ce système capitaliste, même lorsque le peuple organisé est animé par une volonté révolutionnaire et peut le faire.
Mais au contraire, les partis qui participent aux élections légitiment le système capitaliste, puis se mettent d'accord sur les règles du jeu.
Ils sont d'accord pour être les administrateurs d'une société divisée en classes, pour gérer les conflits entre opprimés et oppresseurs, pour avoir une police à leur disposition ou pour réprimer ceux qui contrarient le système qu'ils défendent, pour donner au pauvre l'illusion que le vote peut apporter de grands changements.
Il est donc naturel qu'année après année, la même histoire se répète, les promesses des politiciens ne soient pas accomplies. Lorsqu'ils promettent santé, éducation, emploi, bien-être pour tous, c'est un mensonge car le jour où cela adviendra, il n'y aura plus de capitalisme.
Les élections sont encore vantées par la propagande comme le grand jour de la participation politique, de la démocratie, de la citoyenneté... nécessaire pour faire croire au peuple qui choisit les personnes qui détiennent une petite partie du pouvoir capitaliste, cela permettant de fait une grande transformation... ce que nous qualifions de démocratie bourgeoise : le peuple croit qu'il choisit quelque chose pour que l'essentiel soit maintenu, alors qu'il s'agit d'une élite détentrice de privilèges. Pour celle-ci le vote est de fait très important : important pour Rede Globo, pour le gouvernement, pour la bourgeoisie. Important parce que là se résume la participation politique du peuple au système capitaliste, et peu importe ce que les gouvernements feront après puisqu'ils sont démocratiquement élus par le peuple.
Le peuple délègue à ces personnes le pouvoir d'administrer des affaires qui l'intéressent
Cependant notre conception de la démocratie est autre. Elle est celle qui signifie de fait le gouvernement du peuple. Dans ce système où nous vivons, celui qui gouverne, est-ce le peuple ? Est-ce ce qui se passe dans la mesure où le peuple sans travail, connaît la faim, la maladie ? Pourquoi sommes-nous stupides au point de ne pas savoir choisir notre sauveur ? Parce que les élections laissent croire au peuple qu'il commande pour que les riches continuent à commander tout le temps. Ceci est le fondement de la démocratie bourgeoise capitaliste. Cela n'est pas la démocratie que nous voulons.
Nous voulons que le peuple ait le pouvoir de fait, nous voulons construire un pouvoir populaire. Et cela se passe quand nous nous organisons de façon autonome dans nos villes, écoles, syndicats à travers la démocratie directe... la vieille et bonne idée qui veut que l'union fasse la force.
Seuls, nous ne pouvons rien, mais le peuple est la majorité et s'il ne fait pas la loi, c'est parce qu'il est désorganisé. L'importance des mouvements populaires est qu'ils sont l'unique manière pour le peuple de conquérir ce qu'il veut. Un exemple de mouvement fort est aujourd'hui le Mouvement des sans-terre (MST). Le gouvernement se désaisit des grandes propriétés et les destine à la réforme agraire à cause de la pression du MST, de sa lutte qui est organisée et non parce qu'il est ému de la situation des sans-terre ou parce qu'auraient été élus des députés du mouvement. Imaginez à la place un mouvement de force égale pour les étudiants, les femmes, les indiens, les noirs, etc.
Ceci est le pouvoir populaire. Ceci est la voie du changement dans laquelle
nous croyons... depuis les organisations populaires auxquelles nous participons.
Ce que nous votons, ce n'est pas tous les 4 ou 5 ans, mais tous les jours.
Parce que celui qui fait la loi, c'est le peuple et non ceux qui historiquement
nous ont dominé.
La gauche au gouvernement et ses conséquences
Cette année à Porto Alegre, nous avons vu le combat final des élections autour, d'une part du Front travailliste rassemblant avec lui les partis de droite, et d'autre part, le Front populaire rassemblant la gauche institutionnelle. Durant ce processus de polarisation le PDT gaucho3 s'est vu impliqué dans une grande crise qui a abouti à un grand nombre de départ de travaillistes pour le Front populaire, plus en accord avec les origines du travaillisme. Ce terme travaillisme est communément utilisé comme référence à la défense des droits des travailleurs prétendument incarnés par Getulio Vargas4 . En réalité Getulio a incarné une dictature qui a réprimé fortement le mouvement ouvrier pour en finir avec son organisation autonome. Les droits travaillistes attribué par l'histoire comme un cadeau offert par Vargas étaient en réalité le résultat de décennies de luttes ouvrières influencées par l'anarchisme. L'histoire bourgeoise se charge de donner du dictateur l'image d'un grand homme, père des pauvres. Le PDT à chaque élection cherche de façon opportuniste la situation dans laquelle il se met le plus en évidence.
Le Front populaire, rassemblant la gauche institutionnelle a obtenu de plus un mandat pour la mairie de la capitale. Dans la région métropolitaine, il s'est maintenu également à Grataval, Viamao, Caxias do Sul, a gagné à Cachoeirinha.
Non seulement ici mais dans tout le pays, il a progressé de façon significative. Une chose qui reste bien claire est le discours chaque fois plus centriste du PT qui se distingue très peu de celui des autres... il est naturel qu'à chaque fois qu'un parti occupe plus d'espace dans l'institution gouvernementale, son discours devienne plus mou et plus souple. Dans la mesure où celui qui est au gouvernement veut rester au gouvernement, il s'efforce d'être le plus compétent possible. Pour le capitalisme, un gouvernement compétent est celui qui accomplit la fonction d'atténuer les conflits entre opprimés et oppresseurs, en garantissant le maintien de l'ordre bourgeois. Des secteurs de la bourgeoisie sont en train de voir que la gauche au pouvoir ne représente pas en réalité de grandes menaces, mais au contraire aide à légitimer le processus électoral comme quelque chose de démocratique, ce qui est le cas avec l'appui du PSDB (Parti de la social-démocratie brésilienne, parti de droite de l'actuel président du Brésil Fernando Henrique Cardoso) à Marta Suplicy (du PT) à Sao Paulo. Comme une bonne partie des leaders des mouvements populaires aident à élire la gauche, ceux-ci ont tendance à amoindrir la radicalisation durant un gouvernement de gauche.
Cela rend le sommeil de la bourgeoisie plus paisible.
En analysant ces années d'administration pétiste à Porto Alegre, il est possible de voir comment se comporte une gauche institutionnelle au gouvernement. Différente de la droite, la gauche a une stratégie d'arrimage des mouvements sociaux au gouvernement avec des discours conciliants comme la conquête de la citoyenneté, la participation populaire, etc.
Celle-ci est instrumentalisée de plusieurs façons, et l'une d'entre elles est le budget participatif.
Il fonctionne en réalité comme une consultation (celle-ci n'est pas délibérative) des communautés sur ce qu'il faut faire avec 10 % du budget de la mairie.
Aujourd'hui à Porto Alegre, la majorité des associations de quartier et le mouvement communautaire en général sont arrimés au budget participatif. Les luttes qui auparavant se menaient à travers la pression des mouvements sur l'État se mènent maintenant en débattant avec lesdits mouvements sur 10 % du budget de la mairie. Au lieu de lutter contre l'État, on lutte contre les voisins, on joue population contre population pour voir qui gagne une miette. Et les gouvernants pétistes restent tranquilles puisque de cette façon ils gardent le mouvement populaire sous leur contrôle. Tout cela avec une immense campagne idéologique autour du budget participatif. La gauche institutionnelle a besoin de se légitimer comme quelque chose de populaire, pour que le peuple se réclame de ses actes, pour cela elle martèle chaque jour à la TV, la radio, le journal, les écoles et tous les moyens possibles : administration populaire, participation populaire, démocratie, citoyenneté, des mots répétés jusqu'à saturation. On peut dire que la domination idéologique exercée par l'administration pétiste actuellement est identique à celle qu'exerce la RBS (filiale du puissant Rede Globo), véhiculant en permanence la propagande des gouvernants pétistes qui coéte plus d'argent que ce qui est destiné au budget participatif. Il n'y a pas de conscientisation parce que la conscientisation ne se décrète pas. La conscience requiert effort et lutte. Le résultat d'années d'arrimage des mouvements communautaires de Porto Alegre est visible. Où voit-on des mouvements avec force, organisation, autonomie, soutenus par leurs propres habitants des villes sans aucune tutelle encravatée ?
Quand un mouvement populaire fait ses premiers pas, les administrations
pétistes tentent d'abord de le mettre sous leur tutelle. Dans un
deuxième temps, si elles ne parviennent pas à leur fin et
si le mouvement cherche à maintenir son autonomie, ou bien elles
le disqualifient et disent qu'il est de droite ou bien elles lui trouvent
quelqu'autre adjectif péjoratif. Et là, les exclus du modèle
de capitalisme plus humain du PT sont la cible de toutes sortes de boycotts
et de répressions.
Qu'en disent les camelots et les squatteurs ?
Les constantes réélections dans la capitale résultent
d'une série de facteurs. Le PT qui répond à un espoir
de changement pour une partie de la classe opprimée, incarne d'un
autre côté la bonne conscience d'une bonne partie de la classe
moyenne pour laquelle est destinée tout un investissement dans la
culture et les loisirs. A cela il faut ajouter un facteur de propagande,
où nous voyons monter une mode de la petite étoile (symbole
du parti) comme tant d'autres modes. Nous n'ignorons pas le fait que la
gauche se différencie de la
droite dans sa manière de gouverner. Mais aucun des deux ne
nous est utile. Seul le peuple organisé garantit les conquêtes,
quel que soit le gouvernement en place.
Nous nous efforçons de renforcer des organisations des mouvements populaires: des travailleurs, des quartiers, des étudiants, etc. Le processus électoral crée des illusions dans la population, qui cesse de s'organiser dans l'espoir que "cette fois on a réussi".
Nous n'avons pas besoin que ces politiciens prétendument éclairés décident de nos vies.
Le véritable instrument de transformation du peuple est l'action directe quand les opprimés prennent leur destin en main
Federação anarquista gaucha
http://www.fag.rg3.net/
fag.poa@terra.com.br
[traduction Alternative Libertaire France]
http://www.alternativelibertaire.org]
Federaçao Anarquista Gaucha
La face cachée de Porto Alegre
On ne compte plus les articles dans la presse de gauche et d'extrême gauche chantant les louanges de l'expérience du budget participatif de Porto Alegre. C'est pourtant plus une volonté de rénover la social-démocratie que de promouvoir des pratiques et une société autogestionnaires qui est à l'oeuvre. Le tapage autour de la mairie occulte des méthodes autoritaires et fait le plus grand silence sur des luttes et des mouvements sociaux autonomes qui se développent dans le Rio Grande do Sul dans une logique de contre-pouvoir.
Le Rio Grande do Sul, l'État5 "le plus au Sud du Brésil", a été, tout au long de ces dernières années marqué par une économie tournée vers l'agrobusiness. Les transformations opérées dans ce secteur dans les années 70: abus d'engrais chimiques, monocultures, mécanisation, priorisation donnée au marché externe... se sont traduites par de graves conséquences sociales. Exode rural de masse, faisant gonfler les favelas. Ceux qui résistent dans les campagnes, sont ceux qui sont à l'origine du Mouvement des sans-terre (MST), mouvement né dans les années 80. Avec l'application des politiques néolibérales et l'insertion du Brésil dans la globalisation, dans les années 90, on a vu la restructuration économique, le désengagement de l'État et la réduction des politiques sociales aggraver la situation des pauvres. L'ouvrier devient un travailleur précaire ou un chômeur. La situation de désespoir à laquelle sont soumises les classes opprimées fait croître également davantage le recours aux drogues et à la violence au sein même de ces classes. Les valeurs du capitalisme gagnent l'adhésion populaire, et de toutes parts, l'individualisme, la compétitivité, la recherche de la satisfaction par la consommation, l'absence d'espérance, la vision à court terme prévalent. Cette réalité que nous voyons ici n'est pas très différente de ce que l'on voit dans le reste du Brésil ou dans le reste de l'Amérique latine. Tout cela est affaire de degré.
A Porto Alegre, la capitale de l'État, il y a 23 % de la population qui vit dans l'habitat informel et les favelas, la majorité étant privée des sanitaires. Jour après jour il arrive plus de gens de l'intérieur de l'État dans la métropole à la recherche de tout type de travail. Ces personnes finissent par se diriger vers le travail au noir, comme les camelots qui vendent des marchandises sans licences dans les centres-villes. Et la mairie du Parti des travailleurs (PT) sensible aux récriminations des commerçants réprime à coup de matraque ces travailleurs.
Dans le Rio Grande do Sul nous avons un gouvernement et un nombre significatif de mairies administrés par le PT. Actuellement il lui faut faire face à beaucoup de mécontentement dans les mouvements sociaux au sein desquels sa base électorale est impliquée. Le gouvernement n'a pas réussi à tenir toutes ses promesses. Les professeurs de l'État, dont le président du CPERS (le plus grand syndicat d'Amérique latine) est passé au secrétariat à l'Education, n'ont pas obtenu l'augmentation de salaire tant convoitée, dont l'ex-syndicaliste Lucia Camini a tant répété que cela était une affaire de volonté politique.
Le MST qui croyait que la police de l'État ne réprimait plus le mouvement a vu qu'il n'en était rien. Des quartiers qui croyaient que le budget participatif répondrait à leurs revendications ont vu que peu d'argent était destiné à satisfaire de très nombreuses revendications. Et l'on pourrait ainsi citer bien d'autres exemples.
Mais une conséquence très grave que nous avons vécu
du fait de l'ascension de la gauche est l'institutionnalisation des mouvements
sociaux... une caractéristique très forte de notre culture
politique est la confusion entre partis politique et mouvements sociaux.
Le PT a été fondé dans les années 80 sur la
décision des mouvements populaires et spécialement du mouvement
ouvrier (métallurgistes) et des communautés ecclésiastiques
de base - communautés de la périphérie organisées
par les secteurs progressistes de l'Eglise catholique. C'est pour cela
que le PT est né avec un fort enracinement dans les organisations
populaires. Cela a passablement décliné ces dernières
années, mais un peu de cet imaginaire est resté parmi les
militant(e)s des classes populaires qui ont vécu cette époque.
Le PT est fragmenté en divers courants, de ceux qui possèdent
un discours plus radical (minoritaires) à ceux qui ont largué
complètement le discours de lutte des classes et du socialisme.
Ces derniers sont dans les tendances hégémoniques du parti
et composent la direction nationale du PT. Pour cela le PT dans son ensemble
a une ligne politique passablement diffuse, mais certaines de ses tendances
possèdent l'organisation du parti et des lignes politiques bien
définies. A mesure que le PT s'institutionnalise les mouvements
sociaux qui lui sont liés perdent beaucoup de leur force de combativité.
L'institutionnalisation des mouvement sociaux
Les luttes sociales et leurs participants organisés dans le mouvement populaire ont eu des difficultés à construire des ripostes aux attaques dont ils ont souffert. Un grand nombres d'exclu(e)s du travail issu(e)s du prolétariat et de la campagne continuent à être désorganisés, et à être dépourvus d'un rôle décisif dans la lutte de classes. Ils sont sujets aux lois sauvages du marché. Les syndicats ouvriers se vident pour le compte d'une lutte livrée dans les cabinets de direction qui neutralise l'action directe de base. Et le mouvement des étudiants se comporte avec une mentalité de classe moyenne perdant son sens de classe et son rôle si bien caractérisé à d'autres époques.
L'exception vient des travailleurs ruraux du MST et d'autres mouvements de ce genre. Le MST est une référence pour sa ligne de confrontation avec les grands propriétaires terriens par des occupations de terre et de bâtiments publics, une méthode basée sur l'action directe qui renforce les conquêtes de la lutte de masse dans les campagnes. Cette lutte a été ces derniers temps l'unique à avoir réussi à mobiliser les masses de façon permanente et à être parvenue à obtenir des conquêtes sur les classes dominantes. Le mouvement parvient également à acquérir la capacité de mobiliser d'autres secteurs organisés en soutien à ses revendications. Les classes dominantes doivent s'armer de diverses manières pour enrayer le mouvement. La réaction des grands propriétaires, du gouvernement et des médias a été de chercher à diffamer, délégitimer, accuser le mouvement. Il reste qu'en 1999 dix travailleurs ruraux ont été assassinés et que 180 procès criminels ont été engagés contre le mouvement, entre autres mesures politiques et répressives.
Mais il faut dire que l'autre facteur qui a contribué à affaiblir le MST, ce sont ses liens forts avec le PT. Cela se voit clairement dans le Rio Grande do Sul, où le MST est né et où il a toujours eu beaucoup de force depuis cette époque. Ses dirigeants sont liés à un courant du PT qui se nomme Articulation de gauche. C'est sans doute le secteur de la gauche qui compte la plus grande capacité de mobilisation dans le peuple actuellement, mais possède des méthodes passablement autoritaires. A l'intérieur du mouvement il n'y a pas d'espace pour différentes lignes idéologiques. Quand le gouvernement de l'État est passé dans les mains du PT, le MST a beaucoup réduit sa présence dans les mouvements populaires. Beaucoup de leaders du MST ont rejoint les rangs du gouvernement. Le résultat a été, ici dans le Rio Grande do Sul, une adaptation du mouvement et un lien institutionnel chaque fois plus fort. Une dirigeante nationale du mouvement s'est prononcée pour une transformation de ce qui était un mouvement de masse en une organisation de masse. Nous estimons qu'il est possible que cette nouvelle organisation contribue à une décentralisation du mouvement.
En ce moment les mouvements sociaux des villes ont peu de force. Le syndicalisme brésilien se trouve extrêmement affaibli. Selon le fichier national de la Centrale unique des travailleurs (CUT), des années 80 aux années 90, le nombre d'adhérent(e)s a chuté de plus de la moitié. Il est rare que le syndicat ait obtenu des victoires et qu'il ait même réussi à se défendre des coups portés contre ses droits. Les défaites deviennent fréquentes et apportent davantage de discrédit aux yeux des travailleurs en relation avec cette forme de lutte. Et les forces politiques qui prédominent en ce moment ont une pratique très corporative, économiste et peu combative.
De nouvelles formes de lutte et d'organisation sont en train de surgir dans la lutte sociale urbaine. Les occupations des sans-abri sont les plus fréquentes, de nombreuses fois elles se sont produites de façon spontanée. Il y a une recherche de nombreuses formes d'organisation chez les chômeurs. En 1999 a surgit une nouvelle alternative qui est le Mouvement des travailleurs au chômage. Organisé par des militants du MST du même courant politique que ceux qui le dirigent, le mouvement s'est constitué ici dans le Rio Grande do Sul avec une occupation dans la ville de Gravatai, région métropolitaine de Porto Alegre. Sa méthode est de réunir des familles au chômage et sans toit, de camper sur un terrain et de revendiquer face au gouvernement du travail et un terrain pour s'installer. Dans le même temps le mouvement accentue les caractéristiques d'autoritarisme et de dépendance vis-à-vis du gouvernement. Il y en a qui disent que si le PT perd le gouvernement de l'État le mouvement ne se maintiendra pas.
Les actions de quartier ont une action très liée au budget
participatif et mènent une action très locale ne s'unissant
pas avec les autres mouvements. Il y a également le Mouvement national
de lutte pour le logement, et également avec peu d'expression dans
le Rio Grande do Sul, le Mouvement pour les droits des habitants de la
rue, qui a une position d'autonomie intéressante, enfin le Mouvement
des ferrailleurs de matériel recyclable qui est en train de se construire,
entre autres.
L'action politique et sociale des anarchistes de la FAG
L'anarchisme est encore une petite force politique dans le Rio Grande do Sul. La Federaçao anarquista gaucha6 (FAG) a à peine 6 ans et cherche encore sa maturité politique. Notre génération a été orpheline de références, car l'anarchisme bénéficiant d'un enracinement populaire au Brésil a connu son heure de gloire dans les premières décennies du XXe siècle et ce jusqu'au milieu des années 30. Après cela il y eut peu d'initiatives qui n'eurent pas de grandes répercussions dans les luttes populaires. Ce fut seulement dans les années 90 que des militant(e)s, en majorité jeunes, commencèrent à construire un anarchisme organisé et inséré dans les luttes populaires, ayant comme référence le travail de la Fédération anarchiste uruguayenne. Cela n'a pas été une tâche facile. La classe dominante fait, depuis le début du siècle un travail idéologique qui amène le peuple brésilien à assimiler l'anarchie à la pagaille. Les conquêtes sociales si durement arrachées par le syndicalisme d'orientation libertaire ont disparu de la mémoire de notre peuple, qui pense qu'elles furent un don du dictateur populiste Getulio Vargas.
Tout cela avec la connivence de beaucoup de politiques de gauche d'orientation marxiste qui ont également cherché à déformer ou à omettre la contribution historique que l'anarchisme a donné à l'organisation populaire. Et ce fut l'orientation marxiste qui impulsa la grande majorité des mouvements sociaux brésiliens depuis les années 30. La charte de constitution politique du MST, conçue sous cette inspiration décrit l'anarchiste comme un individu qui "déteste tout type d'organisation". Et les anarchistes eux-mêmes ont contribué à créer cette aversion populaire pour notre idéologie. L'anarchisme avait essentiellement par ici des pratiques exotiques complètement étrangères aux nécessités populaires, du propagandisme sans compromission avec une quelconque organisation, des pratiques et des comportements tournés en direction de la classe moyenne.
Notre première victoire a été notre propre organisation. Nous avons eu la particularité de naître comme fédération regroupant des compagnons/compagnes de régions distinctes de la métropole et de l'intérieur. Et depuis ce moment-là, nous avons appris à pratiquer le fédéralisme. Depuis le début nous nous efforçons de rechercher une insertion sociale et de prendre des contacts avec les mouvements populaires.
Quel travail concret faisons-nous aujourd'hui ? Depuis 1996, nous avons eu une insertion dans un quartier périphérique de la ville de Gravatai et à Vila Pontilho, où s'est constituée l'Association des carrossiers et ferrailleurs de matériaux recyclables de Gravatai, nous avons des compagnons qui aujourd'hui sont dans la coordination du Mouvement des ferrailleurs de matériel recyclable. C'est un mouvement encore jeune qui est en train de se construire au niveau régional, mais qui a un grand potentiel dans la lutte d'une catégorie très marginalisée et exploitée.
A Porto Alegre, nous avons agit au niveau étudiant. Depuis 1999, nous réalisons un travail de soutien solidaire aux luttes populaires à travers le Collectif pour une université populaire (COLUP). A travers la COLUP la FAG exerce une influence d'importance dans ce qui existe comme mouvement dans ce secteur, en défendant une position de classe de l'étudiant qui étudie grâce à l'argent public. Dans le même temps, le mouvement étudiant du Rio Grande do Sul a peu de perspectives de grandes mobilisations, étant donné le degré d'élitisme et de valeurs bourgeoises qui domine dans ce milieu. Pour cela nous optons pour une action plus basée sur les luttes populaires en dehors de l'université que pour une insistante et peu fructueuse conscientisation des fils de la bourgeoisie.
Plus récemment, à partir du second semestre 2001, les
militants de la FAG ont appuyé la création du Centre de média
indépendant (CMI) de Porto Alegre (Indymedia). Avec cette action
nous avons pour objectif de créer un réseau d'information
entre les mouvements sociaux et les quartiers de la périphérie.
A l'intérieur du Rio Grande do Sul
A Alegrete, où nous avons un noyau militant de la FAG, nos militant(e)s ont animé un processus d'occupation des sans-abri au cours de l'année 1999. Alegrete est une ville dirigée par de grands propriétaires fonciers et une droite très solide où les mouvements sociaux et la gauche ont toujours eu des difficultés pour s'affirmer. Cependant l'occupation des sans-abri, sur une ligne très combative et avec des méthodes de décision horizontales a été victorieuse. Nous avons agit conjointement avec d'autres occupations dans la ville et nous avons conquis la terre, l'eau et la lumière. Des compagnons de la FAG ont été élus dans l'Association des habitants et le nouveau quartier a reçu le nom de "Communauté Sepe Tiaraju". Les compagnons de la FAG ont également aidé à la constitution des premiers campements du MST dans la ville à travers l'appui solidaire via l'Association des habitants. Mais de par la force que possèdent les grands propriétaires terriens dans la ville et pour d'autres raisons le campement n'a pas duré longtemps.
En plus de toutes ces actions, il en existe d'autres en cours de construction. Un nouveau noyau militant de la FAG s'est constitué dans la ville de Caxias do Sul et a cherché à s'implanter dans le milieu syndical parmi des compagnons métallurgistes.
Dans les endroits où nous agissons nous avons réussi à
revêtir l'image que l'anarchisme a en faisant en sorte que les personnes
perçoivent que nous avons un propos sérieux et réellement
engagé. Notre propagande est encore déficiente et nous manquons
d'une infrastructure pour la rendre efficace. Il y a près d'un an
nous avons réussi à maintenir de façon constante la
publication de notre journal et d'une propagande de rue mais avec un tirage
très réduit.
La position de la FAG face au Forum social mondial
Le Forum social mondial (FSM) est sans doute une vitrine pour les gouvernements et les partis sociaux-démocrates. Où l'on utilise des mouvements sociaux comme point d'appui pour ce projet mensonger qui dit vouloir intégrer les exclus, alors qu'il est clair pour qui veut voir que ce système-là n'a pas été fait pour tous. Et il est bon de se dire que le forum n'est pas un forum. Le forum est un endroit où les gens débattent de questions. Mais au FSM les délégués des organisations sociales payent un montant bien élevé non pas pour discuter mais pour écouter les discours de personnes, dans leur majorité, porte-parole du projet réformiste. Notre critique est politique. Pour cela nous mènerons une activité parallèle à travers les Journées anarchistes. Elles se tiendront du 1er au 5 février dans le local de la FAG. Au programme : discussions, débats et activités culturelles sur l'anarchisme militant. D'autres organisations anarchistes du Brésil et du monde assisteront à ces journées.
Mais en relation avec les organisations sociales avec lesquelles nous
agissons. On ne peut pas être insensible au fait que certains espaces
des forums réunissent les mouvements sociaux, et cela nous intéresse.
Connaître d'autres expériences, discuter d'actions communes,
débattre sur la centralisation et du caractère institutionnel
du FSM. Dans cet espace nous agirons en direction de nos organisations
sociales.
Comité de résistance populaire de Vila Pontilhão
Le profil des habitants de Vila Pontilhão est celui de personnes marginalisées et de gens venant de l'intérieur, qui survivent par des travaux précaires, tels les récupérateurs d'ordures, les domestiques, les maçons. Là vivent près de 50 familles. Là la FAG a impulsé l'organisation d'une Association de carrossiers et de récupérateurs de matériaux recyclables.
Parallèlement à cela, on a également organisé les habitants pour la conquête de l'électricité, de l'eau et de beaucoup d'autres choses. On a créé un espace de quartier appelé Comité de résistance populaire qui a réalisé diverses activités comme des déjeuners et dîners de quartier, des rassemblements, des spectacles, des pièces de théâtre. Le Comité a également appuyé la lutte d'autres villes voisines et a effectué de nombreuses mobilisations conjointes avec le Mouvement des travailleurs au chômage. L'association ne fonctionne plus depuis l'incendie criminel qui a détruit une partie des locaux et du matériel. L'association, pour permettre au carrossier et récupérateur de vendre les déchets triés et pressés directement pour l'industrie, éliminant ainsi l'intermédiaire, a suscité l'inimitié de ces derniers qui se sont vengés à leur manière. Elle passe des moments difficiles depuis lors. Les familles qui dépendaient du travail se sont retrouvées de nouveau au chômage et les enfants ont connu de nouveau la faim. Le Comité est actuellement en train d'organiser un réfectoire communautaire pour les enfants qui comptent sur les donsd'aliments produits par les communautés du MST.
FAG
[Extrait du mensuel Alternative Libertaire.
http://www.alternativelibertaire.org]
Oiseau-tempête
ALTERMONDIALISME,
LA RÉFORME DES ILLUSIONS
Novembre 2003, supplément au n°10 de Oiseau-tempête
Oiseau-tempête
21, ter rue Voltaire, 75011 PARIS France
À l'échelle européenne, les gouvernements sociaux-démocrates (Jospin, Blair, Schroeder) comme conservateurs (Berlusconi, Aznar, Raffarin) ont élargi la voie d'une modernisation libérale et d'une uniformisation du capitalisme européen. Face à ces attaques contre les salariés et les chômeurs, des luttes sociales sont réapparues, notamment en France et en Italie, tandis qu'un mouvement critiquant la «mondialisation libérale» se manifeste depuis quelques années à l'occasion de sommets internationaux (Seattle, Nice, Gênes, etc.).
L'association Attac, présente à l'échelle internationale, et plus largement la nébuleuse altermondialiste, proposent l'organisation politique d'une philantropie sociale qui compenserait les excès du système. Les têtes pensantes de l'altermondialisme veulent nous faire croire qu'il existe un capitalisme à visage humain que l'on pourrait réguler par le droit et le renforcement des États. Il s'agit avant tout (selon la plate-forme d'Attac de juin 1998) de conjurer le risque d'une «implosion sociale» et d'une crise irréversible de la politique. Le forum social de Porto Allegre, notamment, se donne pour but de renforcer «la capacité de résistance sociale non violente au processus de déshumanisation que le monde est en train de vivre».
Combinant le vocabulaire du mouvement révolutionnaire («se réapproprier l'avenir de notre monde») et la promesse de réformes simples et immédiatement réalisables, Attac et ses acolytes attirent des milliers de gens sincèrement révoltés par les conséquences du développement capitaliste sur la planète. Mais la seule perspective qu'ils leur offrent est de redonner des couleurs à l'illusion réformiste, dont, au Brésil, Lula Da Silva et ses ministres trotskistes montrent, une fois de plus, les pitoyables conséquences.
Le vote, les manifestations ou les actions citoyennes ne s'attaquent
en rien au cur du système capitaliste : à savoir les rapports
d'exploitation que seules des luttes de classes ont pu par le passé
et pourront dans l'avenir remettre en cause. Au contraire des idéologues
altermondalistes, nous pensons que la seule perspective raisonnable
est celle d'un projet révolutionnaire de rupture avec le capitalisme.
Nous ne voulons pas créer de nouveaux impôts, mais de nouveaux
rapports sociaux dans la perspective d'un monde débarrassé
du salariat, de l'économie et de l'État.
Attac et les libéraux : un conflit entre économistes concurrents
Opposée à la politique libérale de dérégulation et de démantèlement sélectif des moyens de l'État qui favoriserait l'essor du capital spéculatif, Attac milite pour une politique d'intervention de l'État et de contrôle des marchés pour freiner le capital spéculatif et relancer l'investissement du capital productif. Introduisant une séparation factice entre les deux faces d'une même pièce, Attac réactualise ainsi les théories interventionnistes de Keynes, mais sans analyser les raisons de leur échec. Les mesures keynésiennes devaient servir, dans un premier temps, à relancer l'expansion capitaliste pour redonner, dans un second temps, leur primauté aux mécanismes du marché. Maintenues pendant près de trente ans, ces mesures ont finalement abouti non à la poursuite de l'expansion sans l'aide de l'État, mais au retour de la crise. Attac dénonce également la domination du capital financier, mais sans analyser ses implications.
Pour Attac, les économistes libéraux sont responsables
de l'essor du capital spéculatif («Les économistes
libéraux pensent que plus les marchés seront déréglementés
et libres de décider par eux-mêmes, plus ils rempliront
efficacement [leur rôle]», p. 55)7
. En fait, les économistes libéraux, eux aussi, cherchent
à trouver en priorité de nouvelles formes de valorisation
du capital productif, et l'échec de leurs méthodes
pour y parvenir traduit bien qu'en amont il y a un réel problème
de valorisation dans la «sphère productive». Ce qu'Attac
leur reproche, c'est d'avoir abouti à cet échec, sanctionné
par le marché par le développement spéculatif, et
de ne pas en mesurer les conséquences économiques et
sociales. En faisant croire à l'opinion publique que les économistes
libéraux sont essentiellement des théoriciens du capital
spéculatif, Attac espère, par ce tour de passe-passe, faire
oublier que ses propres théories de relance étatique concurrencent
les libéraux sur le même terrain de la valorisation du capital
productif. Pour le reste, Attac et les économistes libéraux
sont pour la liberté d'entreprendre, la valorisation du capital
par le travail salarié et tout ce qui constitue les fondements de
la misère de notre époque.
Revaloriser le capital productif
«La globalisation s'est accompagnée d'une instabilité croissante des marchés et d'une montée de la spéculation, explique Attac. Cette instabilité a un coût économique élevé, car elle engendre l'incertitude» (p. 20). Si cette «instabilité» des marchés entraîne «l'incertitude» qui a un «coût économique élevé», ce n'est pas l'incertitude des salariés mais celle des dirigeants politiques (qui seraient timorés dans leurs choix de politique économique) et celle des dirigeants d'entreprises (qui auraient tendance à privilégier les actionnaires par des actions spéculatives plutôt que d'investir dans le secteur productif).
D'après Attac, «la finance spéculative parasite la sphère productive» (p. 22). Mais il ne suffit pas de détourner le flux des transactions spéculatives vers l'investissement productif, pour relancer l'économie capitaliste. La spéculation ne «parasite» pas la sphère productive, elle ne «détourne» pas des investissements qui pourraient être socialement utiles dans la sphère productive (c'est-à-dire utiles d'un point de vue de rentabilité capitaliste), la spéculation se développe aussi parce qu'il n'y a pas suffisamment de profit à espérer en investissant dans le capital productif, elle exprime l'impasse de la valorisation du capital productif.
On fait alors des appels spectaculaires à la dénonciation
du capital financier, et on organise la colère des militants contre
les organismes internationaux responsables de cette situation. Parallèlement,
on fait des propositions concrètes pour permettre au capital de
réinvestir dans la sphère productive, seule manière
réelle de redresser la valorisation du capital productif, car on
sait pertinemment que le seul contrôle du capital spéculatif
n'y suffira pas, et qu'il est plus facile d'entraîner les passions
contre les abstractions du capital financier (FMI, OMC, OCDE, etc.) qu'en
faveur du capital productif (Michelin, Peugeot, etc.) ! Attac s'oppose
aux licenciements, mais quand «les entreprises sont bénéficiaires»
(Danone, C&A&). Et quand elles ne le sont pas ? Aussi, lorsque
Attac dénonce l'utilisation spéculative du capital, ce que
l'association ne précise pas, c'est que la seule façon capitaliste
de réduire le développement du capital financier (autrement
que par l'explosion de la bulle spéculative), c'est d'intensifier
l'exploitation par le travail de manière à ce que le capital
productif redevienne attractif pour les investisseurs. Voilà à
quoi aboutit le projet d'Attac. C'est ce qui a été tenté
en France, par le gouvernement socialiste, communiste et vert, avec les
lois sur les 35 heures (augmentation de la productivité du travail)
ou par le gouvernement actuel avec la réforme des retraites, la
modernisation de la gestion des chômeurs par leur remise au travail
forcée et par la précarité accentuée(Pare,
transformation du RMI en RMA&), etc.
Moderniser l'État capitaliste pour lutter contre la spéculation
Pour Attac, le capitalisme ne se développe pas par le rythme de la valorisation (le profit comme moteur du progrès capitaliste), mais par les politiques économiques de l'État. Attac milite pour que la politique revienne à la place qui lui serait naturelle, au-dessus des marchés avec l'idée que ce qui caractérise le système capitaliste, entre autres, c'est le fait qu'il peut être dirigé consciemment et rationnellement, et que ce ne sont pas les échanges de marchandises et la production de plus-value qui conditionnent l'ensemble des rapports sociaux, indépendamment de la volonté de tels cercles de dirigeants ou de tels conseillers scientifiques.
Attac, cherchant des solutions politiques réformistes, se tourne vers les hommes politiques pour y parvenir. L'association se veut ainsi une force d'appoint pour réformer les politiques actuelles, comme si celles-ci n'étaient pas adéquates à la fonction qu'elles remplissent. Attac veut faire pression sur la politique «trop libérale» des dirigeants et des élus. Puis, dans un second temps, si les élus restent sourds aux interpellations d'Attac, en cherchant timidement à imposer une autre politique (faire de la politique «autrement»).
Pour que l'État puisse intervenir dans l'économie, Attac
fait donc des propositions pour moderniser l'État capitaliste et
ses infrastructures, aménager le territoire, développer les
services publics ; moderniser également pour que le développement
capitaliste puisse se réaliser dans un environnement de consensus
social (pas de grève, pas de contestation sociale, pas de troubles
sociaux risquant d'empiéter sur la valorisation productive du capital)
; moderniser, enfin, au lieu de seulement réprimer policièrement.
L'émergence d'un capitalisme européen unifié
Le projet d'Attac, c'est de développer «démocratiquement» l'Europe capitaliste en formation ; de contribuer à ce que les institutions capitalistes internationales, telles que le FMI ou la Banque mondiale, se réforment pour mettre en place la taxation mondiale du capital spéculatif. Ils ne sont pas contre le FMI, mais contre la politique du FMI, ils ne contestent pas la Banque mondiale, mais les choix politiques de la Banque mondiale, etc. C'est cela, faire de la politique « autrement ».
L'émergence d'un capitalisme européen s'accompagne aussi
d'un nationalisme européen. Il y a, en effet, des limites à
la lutte contre la spéculation financière, c'est le territoire
des autres : la spéculation peut être acceptable quand elle
sévit chez les autres. Malgré la sensibilité tiers-mondiste
de la plupart des militants altermondialistes, les chefs d'Attac pensent
les questions de souveraineté et de repli idéologique autour
des questions identitaires à l'échelle européenne.
Déjà, ils préparent les mesures protectionnistes à
mettre en place pour protéger la zone capitaliste européenne.
La conquête des esprits
Dès juin 1998, la plate-forme d'Attac définit le mouvement
pour ce qu'il est : une tentative de revivifier le système démocratique
par le militantisme associatif, en partant de l'échelon local, tout
en affichant une solidarité internationale envers les peuples les
plus démunis. Il s'agit non pas de préparer ou de justifier
une quelconque rupture avec le capitalisme, d'ailleurs presque jamais nommé
en tant que tel (mais toujours évoqué sous la forme partielle
du capital financier), mais de conjurer le risque d'une crise irréversible
de la politique, à savoir une démobilisation citoyenne,
aussi bien que le risque d'une «implosion», c est-à-dire
une révolution.
La réforme utopique comme outil de régression
Utilisant comme moyen et visant comme but le brouillage idéologique, Attac se présente comme «réaliste» (la taxe Tobin sur les mouvements de capitaux serait une réforme simple, immédiatement réalisable), offrant donc une garantie de sérieux par rapport aux engagements révolutionnaires jugés utopiques. Dans le même temps, elle mobilise le vocabulaire et l'imaginaire de l'utopie en plaquant sur des objectifs réformistes des définitions lyriques : «[...] reconquérir les espaces perdus par la démocratie au profit de la sphère financière et [...] s'opposer à tout nouvel abandon de souveraineté des États au prétexte du droit des investisseurs et des marchands. Il s'agit tout simplement de se réapproprier ensemble l'avenir de notre monde». (Plate-forme, juin 1998).
«Reconquérir», «se réapproprier», le mouvement proposé est un retour à un état antérieur du capitalisme, jugé préférable. Proposition rétrograde au sens strict, et doublement telle : mécaniquement puisqu'elle propose un retour en arrière, politiquement puisqu'elle omet la critique de cet état antérieur, qui gagne logiquement dans la comparaison les couleurs de l'humain, du «supportable» (on parle par exemple de «développement soutenable»).
Récusant, sans jamais formuler sa récusation, donc sans
avoir à l'argumenter, la voie d'une rupture anticapitaliste8
, Attac se place de facto dans la perspective d'une cogestion critique,
donc d'une rationalisation capitaliste.
L'argent, la charité, la Nation
Pour Attac, l'argent est le problème central de la politique. Non pas l'argent en tant que support de l'abstraction capitaliste de la valeur, mais l'argent comme richesse réelle et quantifiable, dont les pauvres seraient spoliés par les riches. Logique, puisque l'adversaire est le capital financier. Et l'association de proposer simplement d'encourager les gouvernements à imposer aux marchés une redistribution effective (pas de fraude fiscale) et plus juste des revenus du capital.
«Pour les mouvements de citoyens, imposer la spéculation afin qu'elle contribue à réparer les dégâts sociaux qu'elle provoque, constitue une motivation essentielle.» (Conseil scientifique d'Attac, mars 2000). On pourra donc acheter des permis de licencier, des permis d'exploiter, comme on achète des permis de polluer, ce qui se nomme pompeusement «mise de la finance au service d'un État [sic] du bien-être mondial» (Tout sur Attac, p. 38).
L'insistance sur l'argent des riches, injustement gagné et dissimulé
à la communauté sociale (censément représentée
par le ministère des Finances !), rappelle la rhétorique
populiste stalinienne début de siècle : «200 familles»,
«Mur de l'argent», etc. Or il ne s'agit pas de tirer argument
des écarts entre très riches et très pauvres pour
condamner le système qui les produit et s'en nourrit. On propose
l'organisation politique d'une philanthropie sociale qui compense l'injustice
capitaliste. On veut «démontrer qu'il existe des alternatives
pour au moins limiter l'insécurité économique
et les inégalités sociales.» C'est le vieux cauchemar
du bonheur marchand.
Jouer sur les maux
D'un point de vue socio-politique, on peut considérer Attac comme l'émanation d'une classe moyenne inquiète de la précarisation croissante de ses conditions de vie. Au point de vue des appareils, il s'agit d'une tentative postalinienne d'unifier idéologiquement les mouvements dits «citoyens», qui se proposent de porter le programme social-démocrate : «l'économie régulée par le droit» ; soit le credo de José Bové et de la Confédération paysanne, membre fondateur d'Attac, que la gauche de gouvernement ne peut plus incarner de manière crédible. Cependant, le succès que rencontre Attac signifie qu'elle rassemble aussi, au-delà de ce programme, des personnes séduites par la perspective certes illusoire d'une action immédiatement ou très rapidement efficace hors des partis traditionnels. L'argument le plus souvent entendu à propos d'Attac tient en peu de mots : c'est toujours mieux que rien. Il s'agit moins d'une résignation des individus que d'un symptôme parmi d'autres de la faiblesse actuelle de l'idée révolutionnaire, y compris lorsqu'elle se trouve confrontée au plus plat, au plus niais des leurres réformistes. Il demeure rassurant que, pour effectuer leur sale boulot, réécrire le langage de la critique, et jouer sur les maux engendrés par le capitalisme, ces gens doivent (ou croient devoir) brandir l'étendard de l'utopie et singer les méthodes de l'action directe (un dirigeant d'Attac saluant les «travaux pratiques» de Bové sur le McDo de Millau). Bref, le réformisme continue, pour paraître autre chose que ce qu'il est, d'avoir besoin des oripeaux de la radicalité. Sur ce terrain, nous devons faire en sorte de mettre à nu les bouffons du capital, «appeler un chat un chat» le capitalisme un système d'exploitation, révolution notre projet, et chiens de garde les staliniens reconvertis dans la vigilance citoyenne.
Courant Alternatif
L'agriculture
un enjeu majeur de notre époque
Edito de Courant Alternatif hors-série n°7, 2e trimestre 2002
A commander à OCL/Egregore, BP 1213, 51058 Reims cedex
32 pages, 3,8 ?. Cheque à l'ordre de "La Galere"
oclibertaire@hotmail.com
http://oclibertaire.free.fr/
Enjeu majeur de notre temps ? Cela est indéniable si on se rappelle quelques données de base. Il y a sur notre planète presque 1,4 milliard d'actifs agricoles c'est-à-dire d'hommes et de femmes qui ont comme activité principale l'agriculture, que ce soit pour se nourrir directement ou pour commercialiser une partie plus ou moins importante de leurs productions. C'est donc, et de très loin, le métier ou l'état le plus répandu. Qu'ils soient tout ou en partie intégrés dans les circuits de distribution, qu'ils vivent en autarcie plus ou moins complète, ils subissent à des degrés divers le mode de production dominant sur la planète, le capitalisme. Par le biais du marché, par les systèmes coloniaux, néo-coloniaux, par la domination la plus brutale de propriétaires fonciers, de dictateurs en tous genres, mais aussi par les répercussions que ce mode de production a sur l'environnement et sur les systèmes politiques. Mais, nous répond-on souvent, lorsqu'on avance ces données, agriculteurs et paysans, paysannes et agricultrices sont en diminution constante. Certes l'activité salariale, industrielle, de service, augmente au détriment de l'agriculture. Mais plus lentement qu'on ne le pense souvent. De plus, en valeur absolue, la population mondiale croissant sans cesse, le nombre de paysans augmente, en fait ! On entend souvent également dire que le terme paysan ou agriculteur recoupe des réalités qui n'ont rien à voir ensemble. C'est vrai, mais dans quelle proportion ? 1,3 milliard de paysannes et de paysans pratiquent la culture manuelle et attelée, 28 millions seulement sont mécanisés et armés ainsi pour l'exportation. Là est bien le premier clivage. Ensuite, et seulement ensuite, on peut affiner les analyses et voir les différences dans chaque catégorie. Ainsi, et pour revenir à la France, on pourra dénoncer le fait que, par exemple, sur les 75 000 exploitations françaises céréalières 13 000 les plus grosses on reçu en moyenne et chaque année entre 1992 et 1999, 215 856 francs d'aides directes par actif. Cela décrit parfaitement les énormes disparités qui font qu'en France il n'y a pas UNE paysannerie mais DES paysanneries aux intérêts antagonistes. Mais il faut aussi savoir que ces 215 856 francs représentent 100 fois le revenu annuel d'un paysan somalien ! (chiffres fournis par la Confédération paysanne). En France, 80 % de la subvention publique accordée par la PAC aux agriculteurs (72 milliards en 2000) est reçue par 20 % des plus gros et gras !
Enjeu majeur de notre temps car autant le capitalisme s'est construit grâce au réservoir humain que constituait la paysannerie, autant tout projet de société communiste libertaire ne pourra se développer et exister que par une reconquête de l'espace, par une activité agricole nourricière et de proximité. Éradiquer la famine dans le monde ne passe pas par un développement de l'agroalimentaire, par une industrialisation et une mécanisation sans retenue de l'agriculture, par la recherche génétique ou autres monstruosités. Ce qui passe par là c'est la loi du profit pour les uns et de l'esclavage pour les autres. L'éradication de la famine passe avant tout par une agriculture de proximité, non industrielle. Dans les pays du Sud comme dans ceux du Nord, les petites exploitations sont les plus «rentables» dès lors qu'elles ne sont pas pillées, c'est-à-dire qu'une plus-value ne soit plus extraite de leur travail que leur environnement n'est pas détruit et qu'on ne les condamne pas à la monoculture.
Dans les pays dits « développés », le vieux mot d'ordre « la terre à ceux qui la travaillent » est en grande partie dépassée, du moins si on s'attache à la propriété juridique de la terre. Car posséder la terre n'est une richesse que si on la vend, c'est-à-dire qu'on se débarrasse de son outil de travail pour en faire un objet de spéculation. Le revenu de l'agriculteur français n'est pas lié à la possession de la terre : les grands céréaliers en louent une grande partie et sont pourtant parmi les plus riches ! Un jeune qui s'installe actuellement aurait plus d'avantages à louer les terres qu'à s'endetter pour en devenir propriétaire... à condition, bien entendu, d'avoir un bail de carrière c'est-à-dire d'avoir la garantie de pouvoir y rester jusqu'à la retraite. Mais pour les pouvoirs publics, pour les banques, pour les techniciens agricoles, une installation n'a de sens que si elle permet d'en extraire un maximum de plus-value pour eux-mêmes (par pour les jeunes qui s'installent) : prêts pour payer les terres, les semences, les engrais, les machines... Sinon cela n'a pas de sens pour eux !
La question agricole se doit donc d'être au centre des débats
pour qui veut transformer le monde et abattre le capitalisme. Une question
qui n'appartient pas qu'aux agriculteurs et aux agricultrices dans la mesure
ou, de manière absolument centrale, leur activité est la
plus représentative d'une production socialement utile (ou du moins
devrait l'être). À moins de rêver à un monde
dans lequel la nourriture serait assurée par l'industrie chimique
et où une partie du territoire serait réservée à
des fonctions récréatives pour les élites et où
le reste serait plus ou moins désertifié et réservé
à faire « vivre » les plus pauvres, les « exclus
».
Journées anarchistes de
Porto Alegre 2002
Déclaration finale
Cela fait des années que le modèle dit "néo-libéral" en a fini avec les intérêts et les conquêtes de notre peuple sans en avoir peine. Un modèle inséré dans un système de domination qui génère chaque fois plus de misère pour engraisser une minorité privilégiée.
Nous traversons un moment où le gendarme du monde, l'impérialisme global nord-américain et ses associés, ont augmenté les moyens de répression au niveau mondial rendant compatibles avec sa stratégie monstrueuse les pratiques politiques et circulation de symboles qui la justifie, comme les bombardements en Afghanistan ayant suivi l'attaque des tours jumelles.
En manque d'ennemis, les États-Unis se sont restructurés grâce à leur nouvelle guerre au "terrorisme", idéologie justifiant un interventionnisme accru dans les zones qui les intéressent, pour des raisons politiques, stratégiques ou économiques. Ils mettent dans le même panier de la lutte antiterroriste les interventions militaires en Irak et les accords du type "Plan Colombie". Dans ce contexte, l'état d'Israël durcit sa politique agressive contre le combatif peuple palestinien. Invasion de territoires et bain de sang en sont les conséquences.
En divers points du monde, des peuples organisent la lutte. Au Nord, des multitudes gagnent les rues répudiant le néolibéralisme et la globalisation comme dans le cas des manifestions combatives de Seattle, Québec, Davos, Göteborg et Gênes.
Alors qu'en Amérique Latine sévissaient différentes conditions socio-éconmomiques, les peuples d'Équateur, du Pérou, de Bolivie et d'Argentine ont presque simultanément livré un dur combat, souvent de manière désespérée, afin de rompre ce cycle de misère et de brutale injustice qui les emprisonnent.
Cet étape du capitalisme laisse derrière elle la formule, en rien généreuse, de l'État-Providence. Cela provoque des changements d'ordre divers. Certaines régulations sont tombées en chemin et plusieurs conquêtes résultant de la lutte des peuples ont été rapidement démantelées.
Le chômage, la faim, la marginalité, l'exclusion, la surexploitation, le manque de logement, le manque d'attention à l'éducation et à la santé des pauvres se sont constitués en réalités permanentes sans perspectives de changement. À l'inverse, on assiste à une augmentation jamais vue de la richesse des nantis, de la corruption généralisée de la classe politique et de certaines institutions sociales comme la bureaucratie des grandes centrales ouvrières. Les transnationales et le capital financier ont pillé les pays. La grande majorité des politiciens se sont agenouillés, ont été complices et ont mis à disposition des transnationales tout ce qui est rentable.
L'inutilité des mécanismes de la démocratie bourgeoise
ont été découverts par la population. Les espaces
d'illusions, établis par le système pour qu'en son sein se
réalise la participation du peuple, ont été perçus
pour ce qu'ils sont vraiment : des dispositifs de reproduction, de manipulation
et de contrôle des populations. La division du pouvoir pour assurer
la démocratie a montré son vrai visage. La justice a participé
à la flambée de la corruption. Tout ce qui est venu du pouvoir,
peu importe qu'il s'agisse de vol commis au vu et au su de toutes et tous,
ont été légitimé et sont restés impunis.
Le peuple a gagné les rues et une certitude demeure : seule l'action
directe peut aboutir à quelque chose. Éclatèrent les
émeutes, les blocages et les batailles de rue, les pillages de supermarchés
et les incendies d'institutions gouvernementales, de banques et autres
sièges de transnationales. Le peuple dans la rue a affronté
l'état de siège et la répression assassine. Il a manifesté
sont discrédit envers cette façon de faire de la politique
en disant : "Dehors, tous les politiciens!", "Les politiciens sont des
menteurs et des voleurs!", "Nous devons nous unir, nous ne pouvons avoir
confiance qu'en nous-mêmes!", "La seule vraie démocratie c'est
nous!". La lutte du peuple argentin nous donne une bonne leçon pour
notre époque : d'un côté, elle nous enseigne ce qu'est
le néolibéralisme à un stade avancé et de l'autre,
pour la multitude disposée à la lutte, la possibilité
d'exister en ce nouveau siècle. Avec toutes les limites que ces
mobilisations peuvent avoir, une question persiste : Ne seraient-elles
pas en train de couver quelque chose de nouveau?
Forum social mondial
Le FSM est le produit d'une ample articulation de forces politiques,
sociales et institutionnelles du monde entier soutenu par une alliance
de classes qui inclut jusqu'à ceux qu'on appelle les entrepreneurs
capitalistes dits "progressistes". Cette convergence spécifique
de forces, qui ne se réunit point par hasard dans une ville et dans
un État du Brésil qui ont une tradition de gouvernements
du Parti des Travailleurs (PT), a, selon ses organisateurs, comme objectif
de mener une lutte politique propositive contre le néolibéralisme.
Pour ce faire, le projet social-démocrate doit démontrer
qu'il est capable de produire le bien-être pour les secteurs sociaux
directement victimes de l'oppression capitaliste. Quelle meilleure propagande
de cette "capacité" qu'un capitalisme géré au niveau
local par un programme social-démocrate dans un pays périphérique,
pauvre et latino-américain? La référence à
un "capitalisme possible" qu'ils tentent de construire repose sur les expériences
des gouvernements de Front Populaire (sous l'hégémonie du
PT) tels la municipalité de Porto Alegre et l'État de Rio
Grande do Sul, de concert avec d'autres expressions mondiales de "gestion
capitaliste humanitaire". De là émergent de nouvelles relations
internationales cristallisées en un front qui veut imposer un nouveau
projet , le néo-réformisme, qui se promeut sur le dos de
la misère du tiers-monde, de l'statement du mécontentement
et de la résistance populaire
légitime.
Pour la "rationalité propositive" que revendique le FSM depuis sa naissance, il se réserve le droit de ne pas promouvoir l'action directe populaire contre les institutions économico-financières qui symbolisent l'exercice centralisé du pouvoir global. Le fait est que la dynamique conflictuelle créée par de tels types de manifestations pourraient mettre le gouvernement du Front Populaire en situation critique en l'obligeant à diriger son appareil policier contre ses propres invités. L'année 2002 marque la conjoncture des élections présidentielles du Brésil et de celles de l'État de Rio Grande do Sul, qui, comme Porto Alegre sont des cibles du projet de gouvernement que veut présenter la gauche réformiste.
Les Journées Anarchistes ont servi à marquer une division entre d'un côté la social-démocratie et son projet de gestion du capitalisme et de l'autre le socialisme libertaire qui croit en la lutte quotidienne pour renforcer les conditions d'une révolution sociale et l'établissement d'une société sans exploiteurs ni exploitéEs.
Des différentes interventions entendues lors de ces Journées, ressort la nécessité d'un courant idéologique ayant une insertion sociale et proposant une réelle transformation. Pour que cela soit un courant, nous devons être organisés. Assez des paroles et des méthodes de la gauche traditionelle. Il est urgent pour l'anarchisme de dépasser ces paradigmes et de s'engager dans de nouvelles méthodes d'action adéquates et profondément enracinées dans la réalité et du coup faire fonctionner de fait la participation, l'autogestion, l'action directe et la solidarité.
Malgré toutes les limites qu'elles ont pu avoir, nous considérons que les Journées Anarchistes 2002 contre la globalisation capitaliste ont été un succès tant du point de vue de la participation que du contenu. Le grand nombre de personnes intéressées par l'anarchisme et le grand nombre de groupes et d'organisations anarchistes du Brésil, d'Amérique Latine et du monde qui ont participer à la construction de cet événement et à l'enrichir, nous indiquent qu'il est temps pour notre courant de se faire plus concret, constructif et en symbiose avec les réalités sociales dans lesquelles nous vivons.
POUR LE SOCIALISME!
POUR LA LIBERTÉ!
Federação Anarquista Gaúcha - Federação Anarquista Cabocla - Federacion Anarquista Uruguaya - Coletivo Luta Libertária - Laboratório de Estudos Libertários
Traduit péniblement du brésilien par des militants de l'OSL-Suisse et de NEFAC-Montréal
Étaient présents aux Journées Anarchistes des individus et des déléguéEs des organisations suivantes
BRÉSIL:
Coletivo Luta Libertária (SP), Laboratório de Estudos Libertários (RJ), LibeLuta (SC), Coletivo Domingos Passos (RJ), Federação Anarquista Cabocla (PA), Construção Libertária Goiana (GO), Espaço Socialista do ABC (SP), Mov. Autogestionário (GO), Reunião de Indiv. do Mov. Anarq. (RS), Assoc.Cultural Quilombo Cecília (BA), Centro de Estudos Arte e Educação Libertária (RS), Proj. Imprensa Anarq. Verbavolant (PE), União Libertária do Maranhão (MA), Mov. Humanista pela Cid. Pop. (RS), Guerreiros por Princípios (RS), CCL (MG), MAP (BA), Alimente (PR), Proj. Aprendendo e Ensinando Cult. Pop. (RS), Núcleo Anti-Capit. (RS), JULI (RS), CELIP (RJ), Resist. Popular (RJ), Resist. Popular (SP), CMI (RJ), OPL (BA), MPA (DF).
AMÉRIQUE LATINE ET RESTE DU MONDE:
Federação Anarq. Uruguaia (UY), OSL Buenos Aires (AR), Coletivo Libertário Sta Cruz de La Sierra (Bolívie), CUAC (Chili), Utopia Socialista (AR), Grupo Anarq. de Córdoba (AR), Bisagra (UY), Grupo de Estudios y Acción Libert. (UY), KAPA (Chili); Org.Apoyo Mutuo (Espagne), OSL (Suisse), NEFAC (USA et Canada), SAC (Suède), Alternative Libertaire (France) e CGT (Espagne), IWW (USA), CLAC (Canada).
Déclaration finale
des Journées Anarchistes 2003
Porto Alegre, Rio Grande do Sul, Brésil
24 et 27 janvier 2003
Théâtre du Musée du Travail
Nous, anarchistes organisés dans la Fédération Anarchistes Uruguayenne (FAU), la Fédération Anarchiste Gaúcha (FAG), le Collectif Editorial Lutte Libertaire (São Paulo) et le Laboratoire d'Études Libertaires (LEL Rio de Janeiro), signons cette Déclaration qui s'appuie sur une base importante d'accords. Cette avancée correspond à un travail continu de coordination qui dure depuis presque dix ans.
Les peuples latino-américains ne vivent pas des temps faciles. Aujourd'hui, l'Empire a laissé son cynisme de côté et parle directement de temps et de délais (plutôt courts) pour mettre en oeuvre leur politique. Et ces temps et délais ne serviront pas à discuter s'ils mettront ou non leur politique interventionniste en oeuvre, mais bien à les appliquer. Ils prétendent concrétiser, de différentes manières, leurs objectifs stratégiques définis et soutenus par les pays du Nord unis en un seul bloc.
Ils exhibent sur nos terres une présence militaire qui veut devenir permanente, avec des bases militaires déjà installées dans des zones stratégiques de notre continent. L'ALCA signifie, de fait, l'institutionnalisation de la domination, créant une situation juridique où sera légitimée la casse des souverainetés et de la légitime identité des peuples.
Chercher une réponse commune et organisée des peuples latino-américains est une manière de faire face et de combattre cette escalade militariste de l'Empire, qui contrôle la pensée unique, qui déclare la guerre au monde dans un discours totalitaire, et qui tente de criminaliser toute forme de résistance et de fragmenter chaque jour un peu plus les opprimés. Il crée, de cette manière, une classification absurde entre bons et mauvais, terroristes et démocrates, traitant comme dangereux tous ceux qui veulent manger tous les jours.
Avec les politiques que les gouvernements nationaux veulent mettre en pratique, il n'existe aucune possibilité de s'en sortir aujourd'hui. En effet, leur fonction primordiale est d'administrer les intérêts de l'Empire.
Nous vivons une époque où les sociaux-démocrates parlent de la recherche de quelque chose d'impossible : un capitalisme humain où des organismes et agences internationales (comme l'OEA et d'autres) peuvent agir avec neutralité. Aucune personne vivant et travaillant dans une quelconque région de l'Amérique Latine ne peut croire que ce qui était connu dans les années 60 comme l'organisation des colonies des USA peut être la solution à un conflit national, comme c'est le cas au Venezuela aujourd'hui.
Ils sont nombreux les obstacles que nous devons affronter. La fragmentation des opprimés, notre grande ennemie, en est peut l'un des plus grands. Un ensemble d'idées et de symboles se reproduisent quotidiennement dans l'imaginaire populaire. L'atomisation à laquelle nous devons faire face tente de reproduire ce que nous appelons des anti-valeurs, les moyens de communication y jouant un rôle primordial.
L'individualisme, la guerre entre pauvres et l'universalisation d'une vision du monde bourgeoise sont des valeurs qui traversent nombre de luttes actuelles qui finissent par mourir, isolées. Des réponses à des problématiques communes et générales qui nous concernent tous finissent dispersées, déconnectées les unes des autres.
Nous comptons peu d'éléments agglutinants qui puissent former un poing fermé capable de répondre aux ennemis de classe, et qui puissent confluer en un seul front, sans sectarismes, et avec le respect de la diversité de tous les peuples que compte notre continent. Cette partie du monde s'est construite sur l'invasion de toutes les nations et peuples originels de notre terre, que les oppresseurs ont appelé indigènes, tout comme les peuples des nations d'Afrique furent traités de noirs. Notre lutte s'inscrit dans la résistance indienne, noire et populaire depuis 500 ans. Il nous appartient de chercher constamment des alternatives pour aujourd'hui, actions et formes, pour résister aujourd'hui en faisant de la mémoire des luttes un instrument générateur d'identité.
Nos peuples n'ont pas vécu et ne vivent pas sans espérance. La résignation suicidaire ne réussira pas à vaincre la solidarité et la lutte. Sans aller chercher trop loin, nous avons l'exemple du peuple bolivien, qui est sorti dans la rue, indigné, contre la tentative de privatisation de l'eau, bien naturel qui ne saurait être la propriété de quelques uns.
Nos organisations tentent d'accomplir leur part dans la résistance latino-américaine, construisant un anarchisme engagé et identifié avec les classes opprimées, inséré dans le milieu populaire, impulsant les luttes, l'action directe à tous les niveaux, l'indépendance de classe, l'autogestion et la solidarité entre ceux d'en bas.
Nous ne voulons ni ne sommes l'avant-garde de rien du tout. Les peuples ont toujours su choisir leur propre chemin. Nous savons que nous devons toujours respecter les rythmes et processus divers des différents espaces sociaux. L'autodétermination des peuples s'exprime de manière externe face à l'ennemi, et, en interne, dans les avancées des formes d'organisation populaire.
Notre tâche aujourd'hui est de faire l'effort d'agglutiner tous les secteurs populaires en lutte qui existent dans chaque recoin d'Amérique Latine, en recherchant l'unité d'un front des classes opprimées capable de stopper les avancées de l'Empire en notre terre.
Le poing fermé pour l'ennemi de classe
La main tendue au compagnon de lutte !
Pour le socialisme et pour la liberté,
Vivent ceux qui luttent !
* NdT : ALCA ou encore ZLEA, c'est-à-dire la Zone de Libre Echange
des
Amériques
** NdT : OEA : Organisation des États Américains
Coletivo Editorial Luta Libertária (São Paulo), Laboratório
de Estudos Libertários (LEL - Rio de Janeiro), Federação
Anarquista Uruguaia (FAU), Federação Anarquista Gaúcha
(FAG)
Traduction: eljorge@free.fr
25/06/06
1 Au Brésil,
le mode d'élection du pouvoir municipal est assez différent
de celui que nous connaissons en France. On distingue le pouvoir exécutif
du maire du pouvoir législatif qui émane de la Chambre des
élus municipaux. Le maire et le vice-maire sont élus au suffrage
universel majoritaire à deux tours. Ils désignent les responsables
administratifs (les secrétaires) et forment avec eux le gouvernement
municipal.
La chambre des élus municipaux est élue
au suffrage universel à un tour sur des listes distinctes. Jusqu'aux
dernières élections, cette institution était dominée
par les partis de droite, alors que le maire est un membre du PT depuis
1989.
2 Principal groupe de communication brésilien, il contrôle les principales chaînes de télévision.
3 Gaucho est un terme connu pour désigner les éleveurs en Argentine comme au Brésil. C'est aussi un terme que l'on emploie pour désigner les habitants(e)s du Rio Grande do Sul, l'État situé le plus au Sud du Brésil et dont le gouverneur, Olivio Dutra (maire de Porto Alegre de 1989 à 1993), est un dirigeant du PT.
4 Getulio Vargas a dominé la vie politique brésilienne de 1930 à 1954. Gouverneur du Rio Grande do Sul, il devient chef de l'État brésilien (1930-1934) et proclame un régime autoritaire et fascisant l'Estado novo le 10 novembre 1937 sous prétexte d'une menace de coup d'État communiste... tout à fait imaginaire. Les partis politiques sont interdits et les élections sont abolies. Les syndicats doivent se fondre dans les institutions corporatives du régime et se limiter à une action d'assistance sociale. Ils sont totalement subordonnés à l'État. L'Estado novo prend fin en 1945. Vargas est réélu en 1951. Il se suicide en 1954.
5 Les États du Brésil sont l'équivalent de nos régions mais concentrent davantage de pouvoir.
6 Solidarité
internationale libertaire, à laquelle sont affiliées la FAG
et Alternative libertaire, a lancé au printemps un projet de souscription
pour financer la relance de l'Association de carrossiers et de récupérateurs
de matériaux recyclables de Vila Pontilhão, mais aussi une
imprimerie pour la FAG et une athénée libertaire à
Porto Alegre. Vous pouvez adresser vos règlements à
Alternative libertaire, BP 177, 75967 Paris cedex 20,
chèques à l'ordre d'Alternative libertaire avec au dos la
mention "souscription SIL".
7 Les citations d'Attac sont extraites de l'ouvrage collectif d'Attac : Contre la dictature des marchés, La Dispute/Syllepse/VO Éditions, 1999 et du Séminaire international réuni par Attac, Paris, 25 janvier 1999. Tout sur Attac, Mille et une nuits, 2000.
8 Si ce n'est par la
dénonciation des actions directes de certains manifestants lors
des sommets de Seattle, Nice, etc.