Guerre de 1914 (la) - par les citations
La Brochure Mensuelle - n°137 - Mai 1931
 
 
 
 

POUR QUI ? POURQUOI ?

OU « LA GUERRE PAR LES CITATIONS »





« Je ne voyais pas à ma génération d’autre Raison de Vivre que l’espoir de recouvrer nos provinces perdues. » (POINCARÉ, dans sa jeunesse).

De 1914 à 1918, dix millions d’hommes sont morts.

Pour qui ? Pourquoi ?

« Metz et Strasbourg retrouvés... c’est l’aboutissant d’une POLITIQUE. M. POINCARÉ l’a faite avec une adroite persévérance qui SACRIFIAIT l’accessoire au principal, les moyens au but, les HOMMES à L’ŒUVRE. » (COLBAT, intime de POINCARÉ, 14 décembre 1918).
 
 

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L’Histoire de la Guerre de GALTIER-BOISSIÈRE (Édition du Crapouillot, 3 volumes à 12 francs) nous dit les faits et nous cite les pensées.

Cueillons-les sur le plan suivant :

-  Poincaré, sa politique : « adroite persévérance ».
-  Poincaré, « sa raison de vivre » : le principal.
-  Les moyens : Russie + France ; et le but : guerre.
-  La semaine tragique : 24 juillet - 1er août 1914.
-  Poincaré : « Sacrifions les Hommes à l’Œuvre ».
-  En avant... grignotage... offensives... civils... âge d’or... censure... hécatombes... jusqu’en 1917.
-  Poincaré : « l’œuvre », côté exportation.
- Et pendant ce temps-là... La faillite... nous voici !
-  Les bilans : humain et financier.
-  Simple conclusion.
 
 

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La politique, adroite persévérance.

Dès 1912, MILLERAND organise les retraites militaires. « Poincaré prépare l’opinion française à la guerre ». (Isvolski, décembre 1912).

Le 16 janvier 1913, Poincaré est élu président de la République. « POINCARÉ, dès le lendemain, influera par tous les moyens et à toute heure sur le cours de la politique française, principalement dans le domaine des AFFAIRES ÉTRANGÈRES » (Iswolsky).

BARTHOU fait voter la loi de 3 ans en 1913. « POINCARÉ provoque la campagne des journaux russes », (PALÉOLOGUE) afin que la France avec ses 39 millions d’habitants ait PLUS de SOLDATS que l’Allemagne avec ses 66 millions.

« Les dépenses militaires de la France ont été hors de proportion avec sa population, sa richesse : elle a SACRIFIÉ ses besoins vitaux. » (CH. GIDE).

L’Angleterre et l’Allemagne tentent une réduction des constructions navales en 1912. POINCARÉ est CONTRE la convention, car « un pareil ACCORD mettrait fin aux relations franco-anglaises ».
 
 

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La raison de vivre, le principal.

Les marchands de canons s’entendent à l’INTÉRIEUR de chaque pays pour piller les budgets de leur « patrie », puis s’entendent INTERNATIONALEMENT pour préparer le stock 1914.

L’internationale des actionnaires s’amplifie et Bazil ZAHAROFF en est l’âme. On arrose la presse, on achète des journaux pour que l’OPINION soit affolée, en France comme partout.

Le Parlement français augmente le matériel. « Les articles contre la PAIX sont écrits avec une plume taillée dans le même acier que les CANONS et les obus. » (A. BRIAND).

Celui qui criait « Des canons, des munitions ! » touchait 1 % des firmes capitalistes : le profit sur les canons permettait des commissions.

POINCARÉ régnant, l’argent FRANÇAIS s’en allait en emprunts ÉTRANGERS et... l’étranger achetait des canons à Schneider (comme la Bulgarie) pour que les obus tuent des FRANÇAIS en Orient.

Pour la Turquie, ce fut mieux : l’argent français en poche, l’acheteur turc arriva chez SCHNEIDER en juillet 1914 pour passer commande. C’était trop tard pour être servi. Il devint client de KRUPP et SKODA avec l’argent français.
 
 

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Les moyens et le but.

Le meurtre de Serajevo - 28 juin 1914 - ne fut qu’un prétexte.

POINCARÉ et Viviani partirent en Russie du 20 au 23 juillet 1914, malgré JAURÈS, et contractèrent des engagements secrets. « Ces deux révolutionnaires, et moi, leur complice. » (PALÉOLOGUE).

A la cour de Russie, on disait : « A la fin du mois, nous aurons la guerre ».

A l’ambassadeur de Hongrie, POINCARÉ déclara : « La Serbie a des amis très chauds dans le peuple russe et la Russie a une alliée, la France. Que de complications à craindre ! »
 
 

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La semaine tragique.

24 juillet 1914. - Retour de POINCARÉ.

25 juillet, 3 heures. - Mobilisation générale de la Serbie.

25 juillet, 9 heures 30. - Mobilisation partielle de l’Autriche-Hongrie.

26 juillet. - « Période préparatoire de la guerre » en Russie.

29 juillet. - Mobilisation générale de la Russie par le tsar, annulée ensuite.

Personne en France n’était au courant des conventions militaires franco-russes, sauf POINCARÉ et quelques-uns.

30 juillet. - Télégramme à la Russie : « La France est résolue à remplir toutes les obligations d’alliance. »

30 juillet, 4 heures. - Mobilisation générale russe reprise.

30 juillet, 17 heures. - Ordre de départ en couverture de la France (les 10 kilomètres).

31 juillet, midi 23. - Mobilisation générale en Autriche-Hongrie.

31 juillet. - Assassinat de JAURÈS.

Bazil ZAHAROFF, roi de la mitrailleuse, est fait commandeur de la Légion d’Honneur.

1er août, 3 heures 45. - Mobilisation générale de la France, « la mobilisation n’est pas la guerre »

1er août, 4 heures. - Mobilisation générale de l’Allemagne.
 
 

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Sacrifions les Hommes à l’Œuvre.

Les origines de cette guerre sont : 1° l’impérialisme économique ; 2° la diplomatie secrète : DELCASSÉ 1899, POINCARÉ 1912-1914 ; 3° la course aux armements ; 4° les partis de guerre dans chaque pays.

« Je n’avais qu’un désir : voir la France reprendre aux Allemands, par la FORCE, ce que, par la force, ils nous avaient enlevé... Dieu veuille un jour qu’un GRAND FRANÇAIS l’achève. », (DÉROULÈDE).

Le règlement militaire : « L’offensive : pour vaincre, des attaques poussées jusqu’au bout sans arrière-pensées. Elle ne peut être obtenue qu’au prix de sacrifices sanglants. Toute autre conception doit être rejetée comme contraire à la nature même de la guerre. »

« Un plan d’opérations, c’est une idée qu’on a dans la tête et qu’on ne met pas sur du papier. » (JOFFRE).

« Toute une génération est devenue folle et les hommes se sont dévorés entre eux. » (CHURCHILL).

« Non, la guerre n’est pas une chose bête, cruelle, haïssable. C’était du sport, pour de vrai - tout simplement. Elle était nécessaire comme la maladie et la mort pour donner du goût à la vie. » (Un sportif).

POINCARÉ en appelle « à l’Union sacrée, pour la guerre du Droit, de la Liberté, de la Civilisation ».

Le Parlement : convoqué le 4 août seulement, donc mis devant le fait accompli par POINCARÉ, gardien de la Constitution, qui dit : « Les deux Chambres décident de la guerre », vota les crédits de guerre à l’unanimité.

« Les camarades sont partis et je pars demain. » (Léon JOUHAUX, secrétaire de la C.G.T.).

« Je vous prie de m’incorporer, par faveur spéciale, dans le premier régiment qui partira pour la frontière. » (Gustave HERVÉ, l’antimilitariste).

« Je m’engage... » (Maurice BARRÈS, de la Ligue des Patriotes).

Tous trois restèrent - non-combattants - et « achevèrent leur vie, heureux d’avoir vu tant de gloire ». (BARRÈS).

« La banque, c’est l’argent des autres, et le patriotisme, c’est... la peau des autres. » (LA FOUCHARDIÈRE).
 
 

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En avant... à Berlin... nach Paris.

La Belgique, les Ardennes, Morhange, Charleroi.

Briey, le bassin métallurgique et minier des Wendel (l’un député allemand, l’autre député français) est « abandonné sans combat » (ordre écrit donné au général VERRAUX).

« 40 jours de combat, 600.000 Français tués. » (L. MARIN).

« JOFFRE ?... une merveille d’impréparation militaire. » (CLÉMENCEAU).

L’Etat-major, ses officiers mettent tout au point, « ils sont décorés comme... les porcelaines, avant d’avoir vu le feu » ; mais il savent faire répéter : « c’est la faute aux soldats ».

« Les cosaques à cinq étapes de Berlin. » (Le Matin, 24 août).

« Ça me fait hausser les épaules de voir les gens lire les journaux qui leur content des blagues. » (GALLIÉNI, 24 août 1914).

La marche allemande sur Paris. « Pas de vivres, pas de munitions, pas de troupes... à Paris » (GALLIÉNI, 26 août 1914). « Il partit - de Paris - 500.000 personnes en moins d’une semaine. » (GALLIÉNI).

Nuit historique du 2 au 3 septembre : Mme POINCARÉ part avec les domestiques, le siamois et la griffonne bruxelloise ; POINCARÉ les met dans une voiture réquisitionnée. Ils vont... à Bordeaux « pour donner une impulsion nouvelle à la défense nationale », (GALLIÉNI).

« Berlin sera une proie sûre pour les Russes. » .. (L’Intran, 6 septembre).

Les taxis de GALLIÉNI, l’arrêt allemand sur l’Aisne, la Marne, batailles des Flandres, Yser, Ypres.

850 kilomètres de front, 4 millions d’hommes en présence.

« JOFFRE est trop content d’être dans les tranchées. » (GALLIÉNI, octobre 1914).

« Nous tenons » (POINCARÉ à Bordeaux).
 
 

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Le grignotage commence !

« Nous avons connu des périodes où manifestement le sang de nos soldats servait à faire lever des étoiles. » (PIERREFEU).
 
 

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1915. Les offensives : 134.000 morts, 279.000 blessés.

Pendant ce temps-là, on vendait la « peau de l’ours » des deux côtés : l’Italie entre en guerre, le rouleau russe recule, la Serbie en guerre.

« Les poilus me saluent avec empressement. » (POINCARÉ).

« En totalisant sa présence au front, POINCARÉ doit avoir fait 3 mois. Deux balles auraient traversé sa voiture au dernier voyage. » (M. CORDAY).
 
 

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Les civils tenaient.

A Bordeaux POINCARÉ reçoit des lettres d’injures : « fuyard, froussard ».

« L’état d’esprit des soldats se gâte-t-il dans le gel et la boue ? » (POINCARÉ).

Mais il entend des voix, comme Jeanne d’Arc ; celles de la France ou celles de la Finance ?!

« Puisque je t’ai placé moi-même à ce poste et que tu as accepté de l’occuper, c’est à toi de donner l’exemple : reste là et tiens jusqu’au bout. » (POINCARÉ à JOFFRE ; L’Invasion, p. 539).

Il est resté à Bordeaux.

Il a tenu, il n’est pas encore mort.

Les socialistes : THOMAS, SEMBAT, J. GUESDE ont les « foies » patriotiques comme tous ceux de l’arrière.

« JOFFRE aurait dû être collé au mur et fusillé. » (P. DOUMER).

« JOFFRE n’a cessé de se tromper. » (POINCARÉ).

« Sans que le gouvernement veuille commander, il doit, me semble-t-il, contrôler le commandement. » (A. LEBRUN).

Brelan de « présidents de la R. F. » (ne pas lire Resquille Financière).

« Le plus grand service que JOFFRE pourrait rendre maintenant à son pays serait de se casser la jambe. » (MESSIMY).
 
 

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C’est l’âge d’or pour les gens à appétit, et il y en a.

La double curée : 1° autour de la viande : les fournitures de guerre ; 2° autour de la moelle de l’os : le ministère.

En Angleterre - c’est la mobilisation industrielle, avec usines réquisitionnées, tarifs syndicaux pour la main-d’œuvre, 10% de bénéfices pour le patron.

En France - c’est la liberté. Le salaire d’usines aussi réduit que possible et la menace : renvoi au front. Quant aux bénéfices, un exemple : les forges de Chambon, pour 1 million en 1913, c’est 10 millions en 1915.

Les scandales des marchés éclatent : celui de la Morue française avec ses fournitures avariées ; celui de Gabriel COGNAC (voir Samaritaine) à la fois soldat, fournisseur et réceptionniste. Honneur, gloire et... profit.
 
 

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On créa la CENSURE 3 jours avant la mobilisation générale

« Pour le meurtre de l’humanité, il faut le meurtre de la vérité. » (E. MOREL).

Défense de... défense de... parler de... « PAIX », défense d’écrire... sur Briey qu’on ne bombarde pas, sur les « nettoyeurs de tranchées », etc., etc. (Voir « Secrets de la censure », BERGER-ALLARD).

L’espionnite : « Méfiez-vous, taisez-vous, les oreilles ennemies vous écoutent » créa les rumeurs, les fausses nouvelles, les bobards, les tuyaux de la roulante, le bourrage de crânes.

« Plus les armes se perfectionnent, plus le nombre des morts et des blessés diminue. » (Le Temps)

« Nos soldats se foutent des gaz asphyxiants. » (M. HUTIN).

« La guerre n’a que l’apparence de la destruction. » (CHERFILS).

« En temps de guerre, dévoiler un mensonge est un crime. » (PONSONBY).
 
 

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1916. Verdun : en 100 jours 179.000 tués, 279.000 blessés.

« J’ai trouvé (à Verdun) une corvée de territoriaux procédant au désarmement de l’artillerie des parapets. » (PÉTAIN, commandant de l’ensemble).

Au tableau d’humanité :

LIEBENECHT, l’allemand : « La guerre n’épuise pas seulement le présent, elle épuise l’avenir. »

VAILLANT, le français : « Six mois, survivre six mois à la guerre et pouvoir crier au peuple : « Eh bien, tu as vu dans quelle aventure elle t’a jeté, la société capitaliste de financiers et d’armes. »

BRIZON, le français : « Il faut arrêter la guerre. Assez de morts, de ruines, de souffrances. »
 
 

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Au tableau de barbarie :

GUESDE, le français : « Je n’ai jamais écouté le peuple, mais j’ai toujours voulu imposer à ce peuple une pensée, une opinion. »

JOUHAUX, déjà cité, qui, au congrès de la C.G.T., fit voter la motion jusqu’auboutiste.
 
 

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L’Église a sa place spéciale.

Sa théorie : « Tu ne tueras point » - « Homicide point ne seras ».

Son verbe : « Dieu est avec nous » - « Gott mit uns ».

Sa pratique : en France, pour qu’on lève l’exil des congrégations, pour faciliter la renaissance religieuse, pour les 3 galons dorés des aumôniers.

On s’occupe de l’avant et de l’arrière. Les thuriféraires ne manquent point.

« La guerre est une régénération. » (P. BOURGET)

« C’est la croisade qui n’est pas finie. » (R. BAZIN).

« La guerre est d’essence divine. » (CHERFILS).

Un pape (Pie X) meurt, dit-on, de chagrin et, peut-être, de poison.

Son successeur (Benoît XV) qui n’est pas selon la règle « le juge des affaires du monde », et bien que « les belligérants ne soient pas que chrétiens », ose dire (malgré l’Italie qui l’emprisonne et a promis de l’empêcher d’agir) : « qu’il faut mettre un terme à cette horrible boucherie », et ose demander en 1917 « la fin du massacre inutile ».
 
 

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De 1916 à 1917, que d’hécatombes pour « l’œuvre de Poincaré » : la Somme, Verdun.

« L’héroïsme de nos soldats est arrivé à contre-balancer l’imprévoyance des chefs. ». (MAGINOT, Comité secret, 16 juin 1916).

Joffre resta à Chantilly et « la méthode d’usure fonctionnait, mais c’était dans nos rangs qu’elle s’exerçait » (CHURCHILL).

La Roumanie entre dans la danse infernale.

« C’est la Roumanie seule qui nous (l’Allemagne) a remis à flot, avec l’Autriche-Hongrie et Constantinople. (LUDENDORF)

Le 15 octobre 1916 « TRISTAN BERNARD dit qu’il y a des menaces de paix, mais que nous ne sommes pas prêts » (M. CORDAY)

11 novembre 1916 ; TRISTAN BERNARD dit « qu’on croit voir des enfants qui ont déclenché une machine infernale et qui ne savent plus comment l’arrêter ».

Le Kaiser a en effet proposé la paix. Les Allemands le savent en décembre 1916. Nous, Français, la censure y veillant, on ne l’apprend que le 15 janvier 1917.

Le 28 décembre 1916, au Comité secret, TARDIEU paraît et dit : « Ce sont les fautes de la direction depuis 28 mois qui ont prolongé la guerre ; elles sont pour une bonne part dans le pourcentage de nos pertes. »

JOFFRE « le vampire » (Lieutenant-Colonel MELOT) fut limogé.

CHARLES D’AUTRICHE voit le PRINCE SIXTE BOURBON en Suisse pour une paix séparée avec l’Autriche. La paix lui a déjà été proposée par l’Italie.

« C’est le président POINCARÉ et RIBOT qui ont délibérément empêché l’Entente de conclure avec l’Autriche une paix séparée dont les conséquences eussent été incalculables. » (Le Crapouillot).

La paix était pourtant possible en 1917, mais « l’œuvre » exigeait qu’on sacrifie encore des hommes.

Et pourtant, en 1917 :

1° L’Alsace-Lorraine, espoir juvénile de POINCARÉ, serait revenue à la France.

2° On eut gagné 668.927 hommes (260.205 tués et 408.722 disparus) et 1.308.728 blessés - selon les chiffres officiels de 1917 à 1918.

3° On eût évité l’effondrement des finances.

Mais « la paix ne peut sortir que de la victoire », avait dit RIBOT le 1er juin 1916.

Voyons « l’œuvre », côté exportation

En 1906, le ministre des Finances POINCARÉ avait conclu l’emprunt russe qui avait sauvé « les autocrates russes », et devait ruiner « les petits rentiers français ».

En Russie, sur la tsarine (Allemande et hystérique) et sur le tsar (faible) régnait RASPOUTINE : il mourut assassiné le 30 décembre 1916.

5 fois, la Russie avait proposé la paix : ravitaillement difficile, blocus du pays, plus d’argent, plus rien.

« Mettre un terme à la guerre au prix d’une paix séparée ». (KÉRENSKI).

Et ce furent les classes dirigeantes qui déclenchèrent la révolution, avec l’armée pour soutien et - peut-être l’argent anglais.

« Dussé-je faire pendre la moitié de la Russie, je ne m’en irai pas. » (NICOLAS II).

Mais il y avait la Douma d’une part, le Soviet de l’autre.

Le tsar abdiqua. LÉNINE arriva.

« L’impossibilité d’une paix démocratique sans toute une série de révolutions. » (LÉNINE).

LÉNINE arrivait continuer la série.
 
 

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Le 18 décembre 1916, WILSON le démocrate américain, avait proposé « la paix sans victoire ».

Mais la guerre sous-marine, pourtant plus dangereuse pour l’Angleterre, d’une part ; - et un télégramme (déchiffré par l’Intelligence Service anglais) disant que l’Allemagne excitait le Mexique contre les État-Unis et menaçait le canal de Panama, d’autre part ; - firent voter, en mars 1917, la guerre contre l’Allemagne.

« La justice est plus précieuse que la paix ; c’est la force qui, triomphante, fera la loi du monde ». (WILSON).
 
 

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Et pendant ce temps-là...

Deux millions de culs-terreux, dans les tranchées à 80 kilomètres de Paris - étaient en face de 2 millions d’Allemands.

Ils voulaient la fin, ces 4 millions d’hommes, ces P.C.D.F. voués au hachoir allemand et au laminoir français.

Et avec eux, leurs épouses, leurs parents, leurs enfants, une multitude certes mais d’honnêtes gens sans influence.

Tandis que les autres voulaient que ça dure : les fournisseurs de guerre, les commissionnaires, les grossistes profiteurs, les commerçants pour la bouche, pour le plaisir et même pour les cadavres. Ils vendaient de tout, du Made in Germany camouflé en Made in France, pourvu que ça rapporte.

C’étaient les jusqu’au-boutistes du Profit, qui permettaient « le commerce avec l’ennemi », de cette Internationale sanglante des armements, les marchands de canons.

Tout servait de prétexte pour gaspiller les obus : la guerre de tranchées comme la guerre de mouvement.

Le 16 mars 1917 : repli volontaire et tactique des Allemands, bon tour joué aux Alliés.

« La guerre de mouvement est commencée, on fera la RUPTURE. » (NIVELLE).

ll y a un boucher de disponible :

« Mangin, l’homme des sanglantes attaques frontales. » (Lieutenant-Colonel MELOT).

On s’en servit : ce fut l’offensive d’avril 1917.

Un seul refusa : « J’aime mieux déposer mon épée que sacrifier le sang de mes soldats. » (Général HIRSCHAUER).

Une offensive fut décidée pour les 5 et 6 mai.

Pertes : 160.000 hommes.

Prévisions : tout prévu pour 10.000 blessés, il y en eut 120.000

POINCARÉ étant à Bordeaux, des blessés furent expédiés à... Lourdes.

MANGIN fut déchu, mais nommé grand-officier de la Légion d’Honneur, « une cravate teintée du sang des soldats ». (BOKANOWSKI).

Le massacre amena les mutineries : 115 régiments et une marche sur Paris.

Le poteau « ... qui sacrifiait les Hommes à l’Œuvre » (bis) ; « L’heure n’était pas à la faiblesse » (POINCARÉ).

Une série de mesures furent appliquées :

1° Suppression des recours en révision pour les jugements des conseils de guerre.

2° Choix des victimes par le commandement et jugement sans instruction préalable.

« Je le sais bien, que c’étaient les meilleurs soldats » (TAUFFLIEB) ... qui furent fusillés par milliers.

A bien noter : 2.400 désertions en 1915

21.000 désertions en 1917

avaient amené l’organisation d’un service d’agents, provocateurs - des policiers costumés en soldats - par le capitaine DELALANDE, chef de la sûreté de la 6° Armée.

NIVELLE dégommé (mais non fusillé), PÉTAIN fut chef.

Il avait affirmé la percée IMPOSSIBLE, il savait envoyer les hommes à une mort inutile ... mais il les avait lancés à l’assaut.

Chef, il changea son fusil d’épaule :

19 Mai 1917. « Dans la guerre actuelle, la puissance meurtrière du feu ne permet pas les expériences. » (PÉTAIN).

C’est que le matériel humain baissait, baissait.

On procéda par offensives « alliées » : Flandre, Italie, Verdun.

En mai 1917, le Kaiser voulait la paix : la Lorraine et une partie de l’Alsace à la France.

En juillet 1917, le Kronprinz renonçait à la Belgique et à toute annexion.

BRIAND avertit POINCARÉ et prépare un projet de paix pour aller avec le belge Broqueville en discuter en Suisse. Ce projet comportait la restitution de l’Alsace-Lorraine.

POINCARÉ a oublié ses paroles : « Ma raison de vivre est de recouvrer mes provinces perdues. »

POINCARÉ et RIBOT interdisent à BRIAND ce coup de sonde, et mieux, font silence sur la note allemande.

Un comité secret, grâce à BRIAND, connaît la note.

RIBOT tombe, mais... POINCARÉ reste.

Albert THOMAS, socialiste, était allé prêcher l’offensive aux Russes. KÉRENSKI essaya bien d’obéir.

Mais il y avait une fraternisation de fait : 1 million de déserteurs qui revenaient prendre les terres.

LÉNINE les appelant à la « révolution sociale » à l’aide de ces formules :

Le pouvoir aux soviets. - La terre aux paysans.

La paix aux peuples. - Le pain aux affamés.

Le soviet de Pétrograd s’oppose à l’envoi de troupes.

KÉRENSKI dénonce LÉNINE comme « criminel ».

Mais LÉNINE lance l’ordre d’insurrection immédiate.

La dictature commence.

Novembre 1917. Par radio au monde : « La paix universelle sans annexions, ni indemnités ».

L’Allemagne et l’Autriche seules acceptèrent le principe.

« Le Russe a commencé la Révolution, l’Allemand l’achèvera. » (LÉNINE).

Et les Russes ont signé - sans le lire - le traité de Brest-Litovsk.

« Je veux céder de l’espace pour gagner du temps. » (LÉNINE)
 
 

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Le bilan.

La France a prêté 16 milliards-or à la Russie du tsar.

Le tsar russe n’a jamais pu soutenir la France (Agadir).

La Russie tsariste a mobilisé, la France l’a suivie et soutenue.

La Russie bolchevique préfère la paix à la guerre.

C’est le 19 novembre 1917 que CLÉMENCEAU « le tigre », prit le pouvoir.

CLÉMENCEAU appelé par POINCARÉ (l’élu des droites en 1913) contre PAMS (candidat de CLÉMENCEAU).

CLÉMENCEAU appelé par POINCARÉ qu’il avait tant attaqué dans son « Homme libre » et son « Homme enchaîné », auquel il avait reproche de s’être fait augmenter sa liste civile de 200.000 francs par an en pleine guerre.

Pourquoi ? La Roumanie était écrasée.

L’Italie était défaite à Caporetto.

L’Angleterre était saignée à blanc.

L’Armée d’Orient était morte.

La Russie en révolution voulait la Paix.

1903. « Je suis l’ennemi de l’État omnipotent, souverain-maître de l’humanité. », (CLÉMENCEAU).

CLÉMENCEAU, « C’est l’homme le plus énergique de France. » (LUDENDORF).

1917. « Je fais la guerre, voilà tout. » (CLÉMENCEAU)

Dictateur, le Tigre écarte le plus possible POINCARÉ ; il fait poursuivre ses ennemis et ses amis au nom... de la Raison d’État, pour maintenir le moral populaire et mieux faire sa politique.

1917-18. Préparation de la grande offensive allemande et déclenchement.

Focu est commandant unique (14 mai 1918), bien que général malheureux durant 3 ans.

Mais il avait une qualité : la TÉNACITÉ, justement celle de son protégé, le dictateur Clémenceau.

Paris fut bombardé et menacé ; le Tigre le couvrit.
 
 

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La faillite... nous voici !

auraient pu dire les Américains.

Ils acceptèrent un prêt de 17 milliards... pour que la France puisse leur acheter de tout.

Ils promirent 2 millions d’hommes (dont 1 en réserve),

au secours des 1.100.000 sur les 500 kms (français) et des 1.200.000 sur les 150 kms (anglais)

et ils envoyèrent corned-beef et chair à canon.

Alors, ce fut la contre-offensive alliée de juillet 1918 à novembre 1918.

L’armée allemande était usée ; le retour à la guerre de mouvement l’épuisa ; le moral allemand baissait par la fraternisation franco-allemande, par la bolchevisation des soldats, par la propagande pacifiste des social-démocrates. L’action des tanks compléta.

13 août 1918. Le Kaiser cherche la médiation de la Hollande.

13 sept. 1918. Les troupes allemandes se dérobent.

5 nov. 1918. Ordre de repli allemand sur 220 km.

10 nov. 1918. Le Kaiser s’enfuit.

En Allemagne, il y a des conseils d’ouvriers et de soldats et la République est proclamée.

POINCARÉ avait déjà dû verser bien des larmes :

« Ils vont demander l’armistice, notre offensive n’aura pas le temps d’être lancée. QUEL DOMMAGE ! » (POINCARÉ, 6 novembre 1918).

Le 8 novembre, les plénipotentiaires arrivent en France ; ils ont 72 heures pour répondre : nous acceptons les conditions.

Le 11 novembre 1918, ils signent la convention à 5 heures du matin ; le feu cesse à 11 heures.
 
 

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LE BILAN HUMAlN

Sur 70 millions de mobilisés en 4 ans :

11 millions de morts, 10 millions de blessés.

Pour la France : 8.200.000 mobilisés, 1.426.000 tués, 2.560.000 blessés.

Les Hommes ont bien été sacrifiés à l’Œuvre comme le voulait POINCARÉ.

Mais POINCARÉ est toujours vivant et il a bien mérité de la PATRIE ... au point d’en être le premier R.F. (Rentier de France).
 
 

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LE BILAN FINANCIER

En 1914, la France avait prêté 16 milliards-or en Russie, prêté 100 milliards-or à l’étranger.

Pendant la guerre, nous avons fait des dettes : 23 milliards à l’Angleterre, 27 milliards à l’Amérique, 60 milliards un peu partout.

Nos dépenses, armée et marine : 130 milliards.

Les recettes d’impôts : 13 milliards de 1914 à 1917.

Notre dette totale : 200 milliards.

« Le Boche paiera. » (M. N’importe qui).

Qui avait empoché toutes ces sommes astronomiques ?

-  Les marchands de canons.
-  Les banques.
- Les mercantis.

Sur 10 Français, il y avait 5 mobilisés, dont 1 seul combattant, et 5 mercantis.

« Ils donnent leur vie (les combattants) ; donnons notre argent. Ils ont le risque ; tout au contraire l’emprunt nous offre... LE PROFIT. » (BARTHOU).
 
 

SIMPLE CONCLUSION





« La guerre des géants est terminée, les querelles de pygmées commencent. » (CHURCHILL).

Voilà 15 ans qu’elles durent, ces querelles au sein de la Société des Nations et dans les conférences de tous genres, du désarmement ou autres.

Ils ont eu leur VICTOIRE, celle du CANON, celle du PROFlT.

Les géants, rescapés de la boucherie mondiale, en sont-ils saouls encore de la gniole à l’éther, de l’odeur de la poudre, de la gloire et de l’honneur, des médailles et des promesses de pension ?

« Ils ont des droits sur nous », a dit CLÉMENCEAU, en parlant de lui, de Poincaré, des bénéficiaires du canon et du profit, de tous ceux qui n’ont pas fait la guerre.

Vos droits actuels ? géants, songez-y bien : c’est de crever de faim, c’est de vous taire, pendant que les pygmées sont repus et parlent de nouvelle guerre pour la Liberté.

Ne pas crever de faim ! jeunes et vieux, ça dépend de vous, de votre union contre les pygmées du chantier et de l’usine, de l’industrie et de l’administration.

Ne pas mourir à la guerre ! jeunes et vieux, ça dépend de vous encore, de votre esprit combatif, de votre volonté de ne pas vous taire.

Ne pas se taire ! parler constamment, ne pas laisser dire les parleurs de guerre et les résignés à la famine, voilà une méthode pour l’homme.

Dites le partout : « En aucun cas, je ne veux mourir pour la patrie ou toute autre faribole » - « Je veux manger à ma faim. »

Ils auront peur, car ils savent votre nombre et votre force, puisqu’ils en profitent.

Le salut est en toi, homme, sache-le bien.
 
 







Scan et corrections : Idée Noire, mars 2006
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